Le Vent des Forêts, Meuse

Dompcevrin, Lahaymeix, Pierrefitte-sur-Aire ou encore Fresnes-au-Mont… Sans doute les noms de ces petites localités, situées à l’ouest de Saint-Mihiel, entre bois et prés, ne vous disent-ils rien ; c’est pourtant là que je vous emmène pour – une fois n’est pas coutume – une incursion dans le domaine de l’art contemporain.

Ces villages sont en effet le théâtre, depuis 1997, d’une manifestation unique en son genre. Chaque année, ils invitent une poignée d’artistes, tant français qu’étrangers, à venir réaliser une oeuvre sur place, en pleine forêt ; le logement se fait chez l’habitant, des bénévoles et les artisans du coin apportent leur concours. Les oeuvres ainsi réalisées s’offrent ensuite au regard des visiteurs, appelés à les découvrir librement au fil de quarante-cinq kilomètres de sentiers, organisés en circuits de longueur variable.

Depuis le début de l’aventure, plus de deux cents oeuvres ont vu le jour ; exposées en plein air, livrées aux intempéries, toutes n’ont pas survécu, beaucoup se sont transformées, au fil des ans et des saisons. Mais n’ayez crainte, il en reste bien suffisamment à découvrir, à l’image de celles-ci, rencontrées au cours de deux belles promenades sur le circuit des Trois Fontaines et le circuit du Gros Charme.

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Non, vous ne rêvez pas, ceci est bien une oeuvre. Certes, Aire cellulaire, réalisée en 2010 par Sébastien Lacroix, passe facilement inaperçue, mais relève d’une démarche intéressante : l’artiste a recueilli des graines de conifères dans sept villes européennes situées sur le septième méridien (Liège, Luxembourg, Strasbourg, Turin… entre autres), puis planté quarante-neuf arbres au milieu des feuillus meusiens. But de la manoeuvre ? Créer, avec le temps, un « conservatoire » de pins des villes, une sorte de « forêt urbaine » en pleine nature.

Autre oeuvre en harmonie parfaite avec son environnement, Neighborhood, du coréen Bong-Gi Park.

P1170167En 2001, l’artiste a assemblé des chutes de bois résultant de l’abattage de cinq arbres, pour créer de nouveaux troncs. Depuis, cette espèce végétale inédite « voisine » paisiblement – et non sans poésie – avec les charmes, les chênes et les épicéas de la parcelle.

Poésie encore avec le Chemin de vie, tracé en 2002 par Liliana De Vito. Au fond d’une allée forestière, un peu à l’écart du sentier, un pavage de pierres calcaires taillées en gros dés, peu à peu recouvertes par la mousse…

P1170183Poésie toujours, mais dans un style bien différent, avec Denis Malbos, qui a installé l’un de ses Cent ciels plantés sur le circuit des Trois Fontaines. Les proportions de ces plaques d’acier peintes, semées partout à travers le monde, sont basées sur le nombre d’or, symbole de perfection esthétique.

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D’autres oeuvres, elles, affichent clairement leur dimension ludique, voire festive, à l’image de ce masque monumental qui, du fond de sa clairière, accueille le promeneur :

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Salut pour tous, encore des agapes à moratoire orphique (!), conçu par Théodore Fivel en 2012, cache en fait bien son jeu : ses plaques d’acier Corten dissimulent… un four à pain, promesse d’un moment de convivialité partagée ?

Plus spectaculaire encore, Hannibal, une création toute récente – 2016 – de Marina Le Gall. Un mammouth de bois et de terre cuite vernissée, dont les riches couleurs et la bouille sympathique ne peuvent qu’émerveiller !

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Parfois, l’aspect ludique de l’oeuvre sert un propos plus sérieux, comme avec Entrelacs 2, imaginée en 2005 par François Génot. Ce Mikado géant, campé au milieu d’une clairière, rappellera à certains le souvenir de parties animées, mais il évoque aussi le chaos laissé dans la forêt par la grande tempête de 1999, avec son cortège d’arbres tombés, enchevêtrés, à dégager pour permettre aux « rescapés » de vivre.

P1170172Autre oeuvre qui, je trouve, véhicule un message fort : Exode, réalisée par Joël Thépault en 2002. Avec cette file de huit voitures, « bagages » sur le toit, l’artiste a voulu rappeler l’exode subi par les habitants des environs, obligés de fuir leurs villages pendant la Première Guerre Mondiale ; une installation qui, dans l’atmosphère paisible du sous-bois, prend une dimension intemporelle…

P1170133Terminons par une oeuvre qui, elle aussi, donne matière à penser. En 2013, le belge Maarten Vanden Eynde a installé à proximité de Rupt-devant-Saint-Mihiel, plus précisément sur le site de l’ancienne décharge du village, une sphère monumentale de huit mètres de diamètre, constituée de toutes sortes d’objets mis au rebut. Globe, une image surprenante de notre société et de sa frénésie de consommation !

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Pour toutes les informations pratiques, je vous renvoie au site du Vent des Forêts, très bien fait ; vous y trouverez également une mine de renseignements sur les oeuvres et les artistes. Et pensez, avant de partir, à vous procurer une carte « papier » des circuits, bien utile pour repérer et identifier les différentes oeuvres. Sur ce, bonne balade !!

Les voyages du capitaine Cook, Lay-Saint-Christophe, Meurthe-et-Moselle

Mais quel lien peut-il bien exister entre James Cook, ce navigateur anglais qui, dans les années 1770, explora le Pacifique sud, et Lay-Saint-Christophe, petite commune des environs de Nancy ? A priori, aucun… si ce n’est un superbe papier peint panoramique, que j’ai pu découvrir lors des dernières Journées du Patrimoine.

Ce papier peint se trouve dans la mairie de Lay-Saint-Christophe, qui occupe une belle demeure ayant jadis appartenu à Sigisbert Marin, lui-même maire de la commune de 1802 à1830 ; c’est probablement à lui que l’on doit la présence de cette oeuvre étonnante.

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Les Sauvages de la Mer Pacifique, encore appelé Paysage indien ou Les Voyages du capitaine Cook, fut édité en 1804 par la manufacture de Joseph Dufour, installée à Mâcon. Si le papier peint est à la mode dès la première moitié du18è siècle, il faut attendre les années 1790 pour voir apparaître les panoramiques, ces vastes paysages souvent agrémentés de scènes historiées, qui se déploient sur tous les murs de la pièce. Dufour, avec ses Sauvages, fait donc oeuvre de pionnier, et remporte d’ailleurs un vif succès lorsqu’il le présente à Paris, en 1806 ; par la suite, il éditera encore neuf autres grands panoramiques, jusqu’à son décès en 1827.

Les Voyages du capitaine Cook se composent de vingt lés de 53 cms de large, soit une longueur totale de plus de dix mètres. Il a été imprimé à la planche de bois, d’après les dessins du peintre Jean-Gabriel Charvet (1750-1816), et décrit pour l’essentiel la troisième expédition de Cook dans le Pacifique, entre 1776 et 1779. Charvet a-t-il lu le journal rédigé par l’explorateur ? Je n’en sais rien ; en tout cas, il a pu prendre connaissance de son périple dans L’Histoire générale des voyages, publiée vers 1780 par Jean-François de La Harpe, ou dans L’Encyclopédie des Voyages de Jacques Grasset de Saint-Sauveur (1796), qu’illustrent des gravures réalisées par les peintres ayant accompagné Cook, William Hodges et John Webber.

Faute de place, seuls les douze premiers lés du panoramique figurent dans l’ancien salon de Sigisbert Marin, collés trois par trois sur de grands panneaux. Examinons-les à présent de plus près.

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Sur ce premier panneau (dont vous pouvez avoir une vue d’ensemble sur la première photo, à gauche), Charvet représente trois îles visitées par le capitaine Cook en 1777-1778 : à gauche, l’île des Nootka (du nom de la tribu indienne autochtone), au large de Vancouver, sur la côte ouest du Canada ; puis l’île de Ulietea, dans l’archipel de Tahiti ; enfin, l’île de Happaee, située entre la précédente et l’île Tonga. Du Canada à Tahiti, la distance est grande, mais peu importe ! Il s’agit d’évoquer le plus d’îles possible, fût-ce au détriment de la cohérence géographique.

Restons à Tahiti avec le second panneau, qui représente une scène de fête : des jeunes femmes dansent devant le roi, assis à droite, au son d’un petit orchestre.

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Rien de fantaisiste dans le costume du roi, pour lequel Charvet s’est (selon toute vraisemblance) inspiré d’une gravure publiée dans l’ouvrage de Jacques Grasset de Saint-Sauveur, laquelle reprenait elle-même un dessin de John Webber !

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Encyclopédie_des_voyages_contenant_l'abrégé_[...]Grasset_de_bpt6k852587bDe même, James Cook note, dans sa relation de voyage, que les seuls instruments connus des Tahitiens sont la flûte et le tambour : Charvet en tient compte lorsqu’il représente le petit orchestre, à gauche de la scène.

Troisième panneau, qui, à nouveau, présente deux lieux différents :

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Les trois personnages sur la gauche évoquent l’île Tanna, au sud des Vanuatu, tandis que les deux autres lés décrivent une scène beaucoup moins paisible : la mort du capitaine Cook, tué en 1779 dans les îles Sandwich [ancien nom de l'archipel d'Hawaï], lors d’une rixe avec les indigènes. Certes, le drame est relégué à l’arrière-plan du panneau, mais n’oublions pas que celui-ci était destiné à décorer un salon !

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Difficile de ne pas être séduit par la richesse des coloris de ce papier peint. .. Comme je l’ai dit, il a été imprimé à l’aide de planches de bois gravées, à raison d’une planche par couleur : un travail colossal, qui a mobilisé des dizaines d’ouvriers pendant plusieurs mois !

P1170229Enfin, sur le quatrième panneau coexistent la Nouvelle-Zélande, qui occupe les deux lés de gauche, et la baie du prince Guillaume, en Alaska. Une fois n’est pas coutume, rien ne permet d’identifier clairement la Nouvelle-Zélande : il faut donc croire sur parole la notice de présentation du panoramique, rédigée par Joseph Dufour lui-même.

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Dufour, dans ce texte, revendique l’aspect éducatif, voire édifiant, de son papier peint ; cependant, si celui-ci témoigne d’un certain souci d’exactitude, notamment au niveau des costumes et des coiffures des indigènes, il n’est pas non plus parfaitement fidèle à la réalité et reste avant tout un objet de décoration intérieure, à replacer dans le contexte de son époque : la fascination pour les contrées lointaines et exotiques, le goût pour les représentations idéalisées de l’homme vivant en harmonie avec la Nature.

P1170232Selon un recensement effectué par un musée australien, il resterait aujourd’hui, à travers le monde, quarante-quatre exemplaires des Voyages du capitaine Cook, dont seize versions intégrales. En France, outre à Lay-Saint-Christophe, on peut l’admirer à Mâcon (musée des Ursulines), Champlitte (musée départemental), et bien sûr Paris (musée des Arts décoratifs).

Retable de la Trinité, Courcelles-sous-Châtenois, Vosges

Lors des dernières Journées du Patrimoine, j’ai visité l’église de Courcelles-sous-Châtenois, petit village de la Plaine des Vosges, à quelques kilomètres de Neufchâteau. Soyons francs, l’édifice en lui-même, bâti au début du 19è siècle, n’offre pas grand intérêt… si ce n’est celui d’abriter ce très beau retable, en pierre sculptée.

L’oeuvre, qui a partiellement conservé sa polychromie d’origine, provient sans doute de l’ancienne église du village. Elle peut être datée du 16è siècle : les coquilles décorant les niches, de même que les pilastres encadrant la scène centrale, relèvent du nouveau vocabulaire décoratif introduit par la Renaissance, mais les personnages, eux, sont d’un style encore bien médiéval.

Au centre du retable, sous une nuée d’anges, figure une scène plutôt originale : le couronnement de la Vierge par la Sainte Trinité.

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Les anges sont au nombre de neuf, rappelant ainsi les neuf « choeurs » d’anges (séraphins, chérubins, archanges, etc…) qui composent la cour céleste.

Souvent, la Trinité est représentée par Dieu le Père tenant son Fils sur ses genoux ou sur la croix, accompagné de la colombe du Saint-Esprit (voyez, par exemple, ce vitrail de l’église de Vézelise, daté du début du 16è siècle). Ici, elle prend l’aspect de trois personnages identiques, tenant chacun un sceptre et un globe crucifère. Vous remarquerez que le Fils, les mains prises par la couronne, a préféré confier sceptre et globe à deux anges !

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Un membre de la Trinité, d’un peu plus près…

Courcelles sous Chatenois (5)De part et d’autre de cette scène de couronnement se déploie le collège apostolique, autrement dit les douze apôtres, représentés deux par deux dans des niches ornées de coquilles.Chacun est reconnaissable à son attribut – généralement l’instrument de son martyre.

Courcelles sous Chatenois (7)Voici donc, de gauche à droite, Matthieu tenant une hallebarde, puis Barthélémy et son couteau, dont il ne reste ici que le manche (déjà impressionnant !) ; viennent ensuite Jacques le Mineur (un bâton de foulon) et Philippe, muni d’une croix à longue hampe ; enfin, deux personnages plus facilement reconnaissables, Paul (un glaive) et Pierre (les clés).

Bien que Paul ne fasse pas partie du « premier cercle » des disciples du Christ, il est considéré comme un apôtre, dans le sens où il poursuivit la mission d’évangélisation confiée à ces derniers. Ici, il prend la place de Matthias (nettement moins connu !), qui lui-même remplaça Judas.Courcelles sous Chatenois (8)Passons à présent de l’autre côté, qui présente successivement Jean l’Evangéliste et Jacques le Majeur, en tenue de pèlerin (chapeau orné d’une coquille, bourdon et panetière) ; puis Simon, tenant une scie, et Jude-Thaddée, avec une massue ; enfin, André (dont la croix en forme de X est cassée), et Thomas, portant une équerre. Ne cherchez pas de quelle manière le saint put être martyrisé avec cet instrument : la tradition rapporte en effet que Thomas, qui était architecte, fut appelé en Inde pour construire un palais pour le roi. Sur place, il préféra distribuer l’argent reçu aux pauvres, déclarant au souverain qu’il lui bâtirait un « palais céleste »… Ce dernier, magnanime, lui pardonna !

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Enfin, la figure de Jean l’Evangéliste appelle une dernière remarque. Dans sa main gauche, le saint tient un calice dont ne sort pas, comme on le voit souvent, un serpent (rappel de la coupe de poison qu’il fut un jour contraint de boire), mais un aigle, symbole traditionnellement attaché à sa personne. Ce détail n’est pas évident à voir sur la photo, mais croyez-moi sur parole !

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Eglise Saint-Valbert, Fouchécourt, Vosges

Aujourd’hui, je vous propose une balade dans le sud-ouest des Vosges, à la découverte de l’église de Fouchécourt, modeste village (46 habitants !) du canton de Darney.

Dès le Moyen Age, l’église Saint-Valbert est placée sous la dépendance de l’abbaye de Luxeuil – Saint Valbert, d’ailleurs, fut au VIIè siècle le troisième abbé du monastère. Elle jouait à la fois le rôle d’église paroissiale pour le village, et de chapelle pour un petit prieuré qui s’était établi à proximité [en cherchant un peu, vous apercevrez, dans les murs de la maison la plus proche de l'église, des restes d'arcades aujourd'hui bouchées, ainsi qu'une tourelle arasée).

L'édifice actuel ne date cependant pas de l'époque médiévale, mais fut construit en 1613 dans un style gothique bien anachronique ; sans doute l'architecte s'est-il inspiré des églises des villages voisins, plus que des modes de son temps !

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Notez le joli clocher en bâtière…

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La nef, vue de l’entrée principale.

A l’intérieur, Saint-Valbert abrite, outre des fonts baptismaux du 17è siècle, un bel ensemble de quatre autels en bois peint, sculpté et doré, daté du début du 18è siècle. Ceux dédiés à Sainte Barbe, Saint Nicolas et la Vierge, placés respectivement dans la nef et dans les bras nord et sud du transept, sont de facture assez naïve ; en revanche, l’autel principal, réalisé en 1713 par Jean-Claude Jacquin, un sculpteur de Neufchâteau alors réputé dans toute la région, se distingue par sa remarquable qualité d’exécution.

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De part et d’autre de l’autel, remarquez les statues de Saint Valbert (à gauche) et de Saint Claude, qui fut évêque de Besançon ; leur présence s’explique par les liens qu’entretenait le prieuré avec Luxeuil et la Franche-Comté.

L’autel possède un double tabernacle : la partie inférieure, sur la porte de laquelle est sculpté un agneau, servait à conserver les hosties, tandis que les huiles saintes prenaient place dans la partie supérieure, derrière la figure du Christ debout.

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D’un peu plus près…

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Sur les parois latérales du tabernacle figurent d’un côté Saint Pierre et de l’autre Saint Paul ; enfin, Saint Valbert et Saint Benoît complètent le décor sculpté.

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Saint Pierre, toujours reconnaissable à sa clé.

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Saint Benoît. Luxeuil, dont dépendait le prieuré de Fouchécourt, était une abbaye bénédictine.

Notre-Dame de l’Etanche, Deuxnouds-aux-Bois, Meuse

L’abbaye de l’Etanche fut créée au milieu du 12è siècle par Philippe, abbé de Belval, un monastère situé dans l’actuel département des Ardennes. Quelques années plus tôt, Belval avait rejoint l’ordre des Prémontrés, que venait de fonder Saint Norbert de Xanten ; c’est donc tout naturellement que l’Etanche adopta elle aussi les règles de cet ordre. L’évêque de Verdun, Albéron de Chiny, apporta son soutien à la fondation, de même que des seigneurs des environs, les sires de Faverolles ; dès 1157, une charte mentionne le nom de la nouvelle abbaye.

Les années, puis les siècles passèrent… L’Etanche demeura une abbaye de taille modeste, tout de même pourvue d’une dépendance : le prieuré de Benoîte-Vaux, dans le diocèse de Verdun, centre d’un important pèlerinage.

Survint le 17è siècle et avec lui la Guerre de Trente Ans (1618-1648), si dévastatrice pour le duché de Lorraine. Notre-Dame de l’Etanche fut détruite… Un siècle plus tard, de nouveaux bâtiments furent édifiés, un corps de logis (portant la date de 1743) et une petite église, terminée vers 1770.

Aujourd’hui, en dépit de ce riche passé, l’abbaye ne figure pas dans les guides touristiques consacrés à la Lorraine, et pour cause : voici en effet ce que découvre, au fond d’un vallon tranquille, le visiteur arrivant du petit village de Deuxnouds-aux-Bois [au sud-est de Verdun] :

Notre-Dame de l'Etanche

Abbaye de l'Etanche

Sincèrement, le spectacle fait peine à voir. Comment en est-on arrivé là ? Je continue mon histoire…

A la Révolution, les moines quittèrent l’abbaye pour ne plus y revenir, mais les bâtiments ne furent pas détruits ; transformés en ferme et augmentés de nouvelles dépendances, à l’arrière, ils traversèrent sans trop de mal le 19è siècle. La Première Guerre Mondiale les incendia, ruinant les intérieurs ; malgré tout, dans les années quatre-vingt, l’ensemble tenait encore debout et ses propriétaires, résidant semble-t-il en Belgique, le louaient à un cultivateur des environs.

Et puis… une mésentente survint entre les propriétaires, qui mirent fin au contrat de location, sans décider pour autant de vendre leur bien ; l’Etanche, cette fois complètement abandonnée, se dégrada très rapidement, quelques pillards se chargeant de lui ôter ses dernières parures – pour l’essentiel des éléments de ferronnerie.

Abbaye de l'Etanche

L’église, un temps utilisée comme hangar agricole, a vu son pavement grossièrement bétonné, ses voûtes mal rafistolées… Rien ne subsiste de son décor d’origine, à l’exception de ce modeste chapiteau, près de l’entrée :

Abbaye de l'Etanche

Aujourd’hui, la situation paraît totalement bloquée. Certes, l’abbaye est depuis 1984 inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, mais cette mesure ne garantit pas le même niveau de protection qu’un classement pur et simple ; les propriétaires ne donnent aucun signe de vie, et les quelques investisseurs qui, ces dernières années, s’étaient montrés intéressés par le site, ont reculé…

En 2013, une pétition pour réclamer le sauvetage de Notre-Dame de l’Etanche a été lancée : initiative louable, bien sûr, mais sans doute est-il déjà trop tard. Les bâtiments sont dans un état de ruine si avancé qu’une réhabilitation, quelle qu’elle soit, paraît à peine envisageable. L’Etanche, probablement, disparaîtra bientôt de la carte du patrimoine lorrain : dommage, mille fois dommage.

Abbaye de l'Etanche

Marthemont, Meurthe-et-Moselle

Le village de Marthemont – trente-neuf habitants au dernier recensement ! – se trouve à quelques kilomètres de Vézelise, sur la départementale 52, dans cette partie de la Lorraine que l’on appelle le Saintois. L’endroit ne manque pas de charme : un vallon au fond duquel se blottissent quelques fermes, dominées par l’église paroissiale, dédiée à l’Assomption de la Vierge.

Cette église abrite, entre autres oeuvres, une statue en pierre de la Vierge à l’Enfant, du 15è siècle, connue sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance et objet d’un pèlerinage fort ancien. Las ! Le jour de mon passage, l’église était bien évidemment fermée, et mes tentatives pour me procurer la clé sont demeurées vaines.

Alors, pourquoi vous parler de Marthemont ? Tout simplement parce que, en flânant dans le petit cimetière qui entoure l’église, j’ai fait une bien jolie découverte :

Marthemont

Certes, à première vue, cette croix de cimetière n’a rien pour elle : reléguée dans un coin, à gauche de l’entrée de l’église, elle est placée si près du mur qu’il est presque impossible d’en faire le tour ; elle est en outre extrêmement usée, pour ne pas dire très détériorée. Cependant, examinons-la de plus près – et j’espère que, tout comme moi, vous serez séduit par la finesse et la qualité de sa sculpture.

Haute d’environ 2,20 mètres, cette croix taillée dans le calcaire comporte six personnages, quatre au niveau du fût et deux – le Christ et la Vierge – à l’avers et au revers du croisillon. Sa datation est imprécise : la notice de l’Inventaire Général du Patrimoine culturel se contente d’une mention prudente, « croix pouvant être datée stylistiquement du 17è siècle« .

Marthemont

Cette petite silhouette agenouillée, sur la face avant du fût, figure probablement le donateur – ou la donatrice ? – du monument ; de part et d’autre, un saint et une sainte, qu’il est aujourd’hui bien difficile d’identifier.

Marthemont

Au revers, ce personnage portant une musette à l’épaule et s’appuyant sur un long bâton de marche n’est autre que Saint Jacques le Majeur, patron des pèlerins – et l’un des douze apôtres.

Juste au-dessus de lui, la Vierge, silhouette gracieuse et élancée…

Marthemont

Notez le soin apporté à la représentation de ses vêtements, ainsi que la douceur sereine de son expression…

Marthemont

Vous l’aurez compris, cette belle Dame de Marthemont m’a beaucoup plu !

Avant de quitter le village, n’oubliez pas de jeter un oeil aux fermes les plus anciennes, au pied de l’église ; vous y découvrirez de petits détails architecturaux fort intéressants, comme celui-ci, par exemple…

Marthemont

… je vous laisse au plaisir de chercher les autres !

Portes monumentales, pays de Lunéville, Meurthe-et-Moselle

Aujourd’hui, je vous propose une balade dans la campagne, dans les petits villages éparpillés entre Lunéville et Baccarat, à la découverte d’un patrimoine aussi original que méconnu : celui des portes monumentales.

Un premier exemple, peut-être, pour vous donner une idée ?

Portes monumentales

Ces portes – dont j’ignore le nombre exact – ornent les façades de bâtiments construits à la charnière des 17è et 18è siècles, devenus pour la plupart de simples fermes. Leur histoire est étroitement liée à celle du duché de Lorraine : un bref rappel s’impose donc.

La Lorraine, au 17è siècle, connaît une période particulièrement difficile, marquée par la guerre de Trente Ans (1618-1648) et son cortège de pillages et de famines. Cependant, la situation finit par s’apaiser : en 1698, le duc Léopold reprend possession de son duché, mais celui-ci est à reconstruire… L’installation de nouvelles populations est plus que jamais nécessaire : celles-ci viennent de France, bien sûr, mais aussi de Suisse, du Tyrol ou d’Italie du Nord, notamment de la région du val d’Aoste. Ces migrants étrangers nous intéressent particulièrement, car ce sont eux qui vont construire les portes monumentales, en s’inspirant du style baroque présent dans leurs régions d’origine – mais jusqu’alors inconnu dans les campagnes lorraines.

Les portes présentent ainsi un double intérêt : d’une part, elles témoignent de la présence, modeste mais réelle, du style baroque en Lorraine [où, d'ailleurs, il ne fera guère école] ; de l’autre, elles permettent d’évoquer une page peu connue de l’histoire du Duché, celle de la reconstruction de la fin du 17è – début du 18è siècle.

Grosso modo, ces portes se répartissent en deux catégories, celles « à colonnes » et celles « à chambranle mouluré ». Plusieurs ateliers auraient travaillé simultanément à leur réalisation.

Deux exemples de portes à colonnes…

Portes monumentales

… celle-ci, à Brouville, datée de 1720 et qui, par certains côtés (les chapiteaux doriques, l’entablement…), rappelle les portes édifiées à la Renaissance…

Portes monumentales

… et celle-là, à Reherrey, non datée.

Les portes à chambranle mouluré (à mon avis plus originales !) se trouvent dans d’autres villages, comme à Ogéviller, où une belle porte arbore le millésime 1692 :

Ici, la volonté de magnifier l’entrée est manifeste ; elle est encore plus évidente avec cette autre porte, à Manonviller, réalisée un an après (1693), probablement par un autre artisan.

D’un peu plus près…

Manonviller (2)

Les motifs ornant les portes à chambranle présentent une grande variété : sur les linteaux et autour des niches se déploient ainsi fleurs et palmettes stylisées, mais aussi symboles cosmiques (soleil, étoiles…) ou motifs religieux.

Cette porte, située à Moyen et datée de 1697, a malheureusement perdu une partie de son chambranle ; elle n’en présente pas moins un décor abondant et de qualité – remarquez notamment les deux plantes, de part et d’autre des médaillons ovales, qui pourraient représenter des variétés de céréales cultivées à l’époque.

A Flin, une autre porte présente, dans un cartouche ovale, l’inscription « IHS » [le monogramme du Christ] surmontée de la croix : volonté de placer la maison sous la protection divine, mais aussi témoignage de l’intensité du sentiment religieux dans les campagnes d’alors…

Ne vous fiez pas à la date inscrite sur le fronton ! Cette porte combine en fait, en réemploi, des éléments provenant de plusieurs portes différentes.

Enfin, à Domjevin, une porte à chambranle mouluré de 1707 présente un décor « régionaliste » particulièrement original : regardez bien, les pilastres de part et d’autre de la niche sont surmontés d’une petite croix de Lorraine, tandis que le rinceau au-dessus de la coquille arbore des fleurs de chardon !

Cette porte, l’une des plus spectaculaires avec ses pots-à-feu couronnant les différents éléments de son tympan, est aussi celle dont l’avenir paraît le plus incertain :

Domjevin

Manque d’entretien, restructurations malheureuses ou destruction pure et simple… De nombreuses portes monumentales ont ainsi disparu au fil des ans, et certaines sont aujourd’hui encore menacées. En 2013, une association de protection s’estt créée, l’APPM (Association pour la Préservation des Portes Monumentales du Lunévillois] : tous mes voeux de réussite l’accompagnent !

Sources : pour préparer ma balade et ensuite rédiger cet article, j’ai utilisé ce document, disponible sur le site du C.A.U.E (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) de Meurthe-et-Moselle.

La Nouvelle Revue Lorraine a également consacré un intéressant article au sujet, dans son numéro 24 de février/mars 2014.

Tapisseries, musée d’Art et d’Histoire de Toul, Meurthe-et-Moselle (2è partie)

Dans un précédent billet, je vous ai présenté le bel ensemble de neuf tapisseries des 16è et 17è siècles conservé au musée d’Art et d’Histoire de Toul. Entrons à présent dans les détails.

Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler, pour commencer, qu’une tapisserie se réalise sur un métier à tisser, horizontal ou vertical. Sur ce métier sont tendus des fils – dits de « chaîne » – entre lesquels l’artisan – le lissier – passe et repasse d’autres fils, ceux-ci colorés (les fils de « trame »), créant ainsi un motif. Bien sûr, le lissier ne travaille pas au hasard : il suit un modèle, le « carton », réalisé spécialement pour la tapisserie ou issu d’une oeuvre préexistante – souvenez-vous de la gravure de Cornelis Cort, qui a manifestement inspiré l’auteur de la tapisserie Hercule et le Lion de Némée .

Aux 16è-17è siècles, le lissier ne dispose pas d’un grand nombre de couleurs – quelques dizaines tout au plus, d’origine animale ou végétale. Tout son art consiste donc à tirer le meilleur parti de cette gamme restreinte, comme le montre par exemple ce détail :

Tapisseries Toul

Détail d’une des trois tapisseries à sujet mythologique, représentant peut-être la continence de Scipion.

Notez la manière dont le lissier ménage un dégradé de couleurs au niveau du ciel, ainsi que le système de petites « franges » qu’il utilise pour passer en douceur d’une teinte à l’autre.

Autre caractéristique des tapisseries du musée de Toul, le soin apporté au rendu des matières et des textures :

Tapisseries Toul

Abigaïl, entourée de ses suivantes, apporte des présents au roi David (détail)

Les moirures de l’étoffe dont est fait l’élégant costume d’Abigaïl sont rendues avec précision, de même que les reflets sur les pièces d’orfèvrerie disposées à ses pieds.

L’arrière-plan des tapisseries fait aussi l’objet d’une attention particulière, avec un effort sensible (et plutôt nouveau au 16è siècle) pour créer un effet de perspective. Regardez par exemple ce beau paysage de douces collines semées d’arbres, dans la tapisserie consacrée à David et Mikal :

Mais surtout, toutes les compositions frappent par leur côté vivant et dynamique : un vent léger soulève les voiles d’Abigaïl, les plis de sa robe marquent souplement le mouvement de son corps [ci-dessus] ; ailleurs, un homme escorte le char de Cérès d’un vigoureux roulement de tambour, posant dans son élan le pied sur la bordure de la tapisserie !

Tapisseries Toul

Détail de la tapisserie montrant un cortège allégorique de chars, celui de Cérès et, à l’arrière-plan, celui d’Héra.

Cette dernière photo me donne l’occasion de dire quelques mots des bordures, importantes à plus d’un titre : ainsi, elles apportent bien souvent de précieux renseignements sur l’origine des tapisseries, à l’image de celles des trois pièces consacrées au roi David, qui ont permis de les rapprocher de la production de la manufacture flamande d’Audenarde. Encore faut-il, bien sûr, qu’au cours des siècles les bordures n’aient pas été découpées pour être vendues séparément, « mésaventure » survenue aux tapisseries de la série des Ethiopiques, qui n’ont conservé leur cadre que sur deux côtés.

Malgré cette lacune, les tapisseries de Toul présentent le grand intérêt de montrer l’évolution stylistique des bordures : encore composés, au 16è siècle, d’exubérantes guirlandes de feuillages, de fruits et de fleurs, les cadres vont peu à peu se structurer, « s’architecturer », comme en témoigne ce détail d’une des tapisseries des Ethiopiques, datée du début du 17è siècle :

Tapisseries Toul

Les éléments végétaux occupent une place moins importante, au profit des têtes de lion et des putti. Dans les médaillons sont représentées des scènes secondaires du roman, qui viennent compléter la scène principale illustrée par la tapisserie.

NB : je l’ai déjà dit mais je le répète, je dois à une excellente conférence donnée par Madame la conservatrice du musée de Toul le plaisir d’avoir découvert ces très belles tapisseries. Mes photos n’en donnant qu’un pâle aperçu, n’hésitez pas à vous rendre au Musée d’Art et d’Histoire pour les admirer in situ !

Tapisseries, musée d’Art et d’Histoire de Toul, Meurthe-et-Moselle (1ère partie)

Installé depuis 1985 dans l’ancienne Maison-Dieu de la ville, le musée d’Art et d’Histoire possède de riches collections au sein desquelles se distingue un superbe ensemble de tapisseries anciennes, que je vous propose de découvrir aujourd’hui.

Ces tapisseries, au nombre de neuf, ont été découvertes dans les années soixante, roulées dans l’ancien palais épiscopal, aujourd’hui siège de la mairie. Nettoyées et restaurées, elles ont pris place dans le musée, dans une salle spécifiquement aménagée à leur intention. Leur histoire tient en peu de mots, puisque ni leurs commanditaires, ni les circonstances de leur arrivée à Toul ne sont connus ; seuls éléments (à peu près) certains, leur provenance (les Flandres, probablement), et l’époque de leur réalisation, qui s’échelonne entre le 16è et le début du 17è siècle.

Les panneaux, de grandes dimensions, s’organisent en trois cycles : trois illustrent des scènes bibliques, trois autres des scènes mythologiques et/ou allégoriques, et les trois derniers des scènes romanesques.

La série biblique présente trois épisodes de l’histoire de David, figure-clé de l’Ancien Testament. Regardons par exemple celui-ci :

Tapisseries Toul

Une femme, Abigaïl, apporte au roi David de quoi subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de son armée. Peu auparavant, le mari d’Abigaïl – prénommé Nabal – avait refusé son aide au roi, épisode rappelé à l’arrière-plan de la scène principale :

Tapisseries ToulIn fine, tout se terminera bien, David pardonnera à Nabal et, après la mort de ce dernier, épousera Abigaïl !

Deuxième ensemble de tapisseries, celles illustrant des thèmes mythologiques. Si le sujet de l’une d’elles n’est pas identifié avec certitude, les deux autres, en revanche, présentent respectivement un cortège allégorique de chars, et Hercule combattant le Lion de Némée.

Tapisseries Toul

Vaincre le lion de Némée, qui terrorisait la population, fut le premier des douze travaux qu’Eurysthée imposa à Hercule.

Avez-vous remarqué que le lion a la larme à l’oeil ? Ce rusé d’Hercule l’a tout simplement enfumé pour le faire sortir de la tanière dans laquelle il s’était abrité !

Tapisseries Toul

Cette tapisserie s’inspire, dans sa composition d’ensemble comme dans les détails, d’une estampe de l’artiste Cornelis Cort, gravée vers 1563. Regardez bien, le lissier a même reproduit le petit lézard, près de la patte arrière du lion !

Cornelis Cort (vers 1533-1578), originaire des Pays-Bas, passa une partie de sa vie en Italie. Il réalisa de nombreuses gravures inspirées des tableaux des grands peintres de son temps.

Tapisseries Toul

Enfin, les dernières tapisseries illustrent trois épisodes des Ethiopiques, roman écrit par un auteur grec, Héliodore d’Emèse, au IIIè siècle de notre ère ; traduite en français en 1547, l’oeuvre connut un immense succès et de nombreuses publications, parfois agrémentées de gravures. Héliodore conte l’histoire mouvementée de deux jeunes gens, Théagène, un prince grec, et Chariclée, fille du roi d’Ethiopie : un grand roman d’amour et d’aventures, riche en rebondissements variés !

Tapisseries Toul

Sur ce panneau, Théagène et Chariclée, capturés par des brigands, sont séparés.

Ainsi, ces neuf tapisseries, bien qu’illustrant des sujets variés, constituent un ensemble remarquable par sa cohérence, mais aussi parce qu’il s’inscrit dans une période charnière de l’histoire de la tapisserie, celle de la transition entre Moyen Age et Renaissance. Dans un prochain billet, nous examinerons plus en détails ces oeuvres de laine et de soie, pour découvrir quelques facettes de l’extraordinaire savoir-faire des lissiers. A suivre, donc !!

N.B : cet article n’aurait jamais vu le jour sans la passionnante conférence donnée à Nancy, en novembre 2013, par Mme Schneider, conservatrice du musée de Toul, qui m’a permis de découvrir ces tapisseries. Je la remercie vivement !

 

 

Eglise Saint-François d’Assise, Vandoeuvre, Meurthe-et-Moselle

Peut-être avez-vous déjà remarqué, au sud de Nancy, près du rond-point jouxtant le Parc des Expositions, un bâtiment austère, dont seule une grande croix signale la fonction. Peut-être même l’avez-vous trouvé laid, avec ses murs de béton brut dépourvus d’ouvertures… L’église Saint-François d’Assise, construite entre 1959 et 1961 par l’architecte Henri Prouvé, mérite cependant  mieux qu’un simple coup d’oeil ou un jugement hâtif !

Eglise St-François, Vandoeuvre-les-Nancy

Les années d’après-guerre sont marquées, comme chacun sait, par une forte croissance de la population, qui vient aggraver la pénurie de logements que connaît alors la France. Les villages proches des grandes agglomérations se transforment profondément : Vandoeuvre-lès-Nancy, dont la population passe de 5000 habitants à presque 34000 en l’espace de trente ans, voit ainsi se multiplier grands ensembles et zones pavillonnaires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la construction, dans les années cinquante, du lotissement Brichambeau, confiée entre autres à l’architecte Henri Prouvé. Ce dernier, né en 1915 (et décédé récemment, en 2012), n’est autre que le fils de Victor Prouvé, l’un des principaux représentants de l’Ecole de Nancy, et le frère de Jean, dont la notoriété dépasse aujourd’hui les frontières. Après avoir d’ailleurs travaillé comme dessinateur au sein des Ateliers Jean Prouvé, Henri, qui a obtenu son diplôme d’architecte en 1947, ouvre une agence à Nancy en 1950 ; il travaille pendant une dizaine d’années à la réalisation du lotissement, dessinant les plans de près de deux cents pavillons, d’une école… et de l’église Saint-François d’Assise. Pour la petite histoire, il est aussi l’auteur, avec son agence, de la tour Joffre-Saint Thiébaut (1961-63) et de la résidence Le Clos de Médreville (1973) qui, à défaut d’être aujourd’hui du goût de tous les Nancéens, n’en demeurent pas moins représentatives de leur époque.

Eglise St François d'Assise, Vandoeuvre

Mais revenons à Saint-François d’Assise. La commande passée à Henri Prouvé par l’abbé Louyot comprenait, outre le volet religieux, un aspect « socio-culturel » puisque l’église devait comporter, à côté des espaces dédiés au culte, une salle de cinéma et des locaux pour les associations et le catéchisme. Prouvé conçoit donc une église sur deux niveaux : au rez-de-chaussée, le cinéma (quatre cents places tout de même…) et les salles de réunion ; au-dessus, une vaste nef de forme ovale, à laquelle s’accroche un petit bâtiment rectangulaire abritant les chapelles secondaires, le tout pouvant accueillir sept cents paroissiens.

Eglise St François d'Assise

La forme ovoïde, plutôt rare dans l’architecture religieuse, évoque l’idée de rassemblement, tandis que les chapelles invitent plutôt à l’intimité et au recueillement.

Eglise Saint-François d'Assise

Le budget destiné à la construction de Saint-François étant modeste, Prouvé opte pour des matériaux et des techniques de construction modernes, issus de l’industrie. C’est ainsi que la structure de l’église est constituée de quatre poteaux soutenant une charpente métallique ; les murs, volontairement laissés en béton brut, ne jouent aucun rôle porteur, tandis que la nef offre un volume unique que n’interrompt aucun pilier. Enfin, le décor s’inscrit parfaitement dans cette recherche de simplicité, en se limitant à un petit ensemble de vitraux et à une fresque, en béton moulé, ornant le bâtiment des chapelles.

Eglise St François d'Assise

Cette fresque, due à l’artiste nancéenne Françoise Malaprade, évoque le personnage de Saint François d’Assise.

Aujourd’hui, l’avenir de Saint-François paraît bien incertain. Depuis les années soixante, les fidèles ont déserté les églises qui, souvent, représentent des charges bien lourdes pour leurs propriétaires – en l’occurrence, ici, le diocèse de Nancy-Toul. En 2007, celui-ci décida donc de la vendre ; un promoteur se montra intéressé et l’affaire se conclut, en janvier 2011, pour un peu plus d’un million d’euros. Cependant, le projet du promoteur – transformer l’église en centre commercial (!) – déclencha un véritable tollé au sein de la population vandopérienne qui, soutenue par plusieurs architectes, obtint in fine, fin 2011, l’inscription de l’édifice à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Depuis – pour ce que j’en sais, la situation n’a guère évolué : certes, l’oeuvre d’Henri Prouvé est désormais protégée de toute destruction ou modification drastique, mais le diocèse manque toujours de fonds pour l’entretenir. Si un lecteur dispose d’informations plus récentes sur l’avenir de Saint-François, je suis preneuse !

Eglise St François d'Assise

Voilà quelques années, la paroisse a autorisé la pose de panneaux publicitaires sur les murs de l’église : une source de revenus, certes, mais bien insuffisante face aux coûts d’entretien du bâtiment.