Retable de la Passion, Hattonchâtel, Meuse

Hattonchâtel est un beau village haut perché au-dessus de la plaine de la Woëvre, à quelques kilomètres du lac de Madine. Son église – l’ancienne collégiale de cette place-forte fondée par les évêques de Verdun, abrite un impressionnant retable en pierre polychrome, attribué à Ligier Richier.

Ligier Richier… Sans doute connaissez-vous ce nom, mais peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que cet artiste naquit vers 1500 à Saint-Mihiel, où il passa une bonne partie de son existence. Sa formation demeure mal connue ; toutefois, à partir de 1530, il est mentionné comme « imagier » (sculpteur) du duc de Lorraine. Brillante carrière, qui lui vaut de bénéficier d’importants privilèges… En 1564, cependant, il quitte la Lorraine pour s’installer à Genève, où sa foi protestante trouve un terrain plus favorable que dans le très catholique duché ; il y meurt quelques années plus tard, laissant un chapelet d’oeuvres dont le réalisme et la force d’expression laissent, aujourd’hui encore, tout simplement pantois.

Le retable d’Hattonchâtel, daté de 1523, est donc l’une des toutes premières oeuvres attribuées à l’artiste, une « oeuvre de jeunesse » en quelque sorte… De grandes dimensions (2,60 mètres de long sur 1,60 mètre dans sa partie la plus haute), il se divise en trois compartiments, séparés par des pilastres ornés de rinceaux et de candélabres, qui soutiennent un entablement lui-même mouluré et sculpté. Vous l’aurez deviné, tout ce décor architectural évoque fortement la Renaissance italienne.

Retable Ligier Richier Hattonchatel

La photo n’est pas excellente (le retable, protégé par une lourde grille, ne se laisse pas facilement photographier !), mais n’a d’autre but que de vous donner une idée d’ensemble. Passons maintenant aux détails.

La première scène (à gauche) présente un moment du Portement de Croix. Jésus est tombé à terre ; un soldat lève le bras pour le frapper, tandis qu’un autre soutient l’extrémité supérieure de la croix.

Retable Hattonchâtel Portement de Croix

Remarquez l’habit du soldat de droite : sa chemise présente des manches à crevés, très à la mode au temps… de Ligier Richier !

A côté, Sainte Véronique se penche sur le linge avec lequel elle vient d’essuyer le visage de Jésus.

Retable Hattonchatel Portement de Croix

Notez la finesse du visage du Christ, sculpté en très faible relief… Une véritable prouesse.

Dans le compartiment central prend place – fort logiquement – la Crucifixion. Au pied de la Croix, Saint Jean et une sainte femme soutiennent la Vierge évanouie.

Retable Hattonchatel Crucifixion

A droite, un cavalier tend un phylactère vers la croix. A l’instar de Sainte Véronique, il porte un riche costume, dont tous les détails sont minutieusement rendus. Son cheval est aussi représenté avec beaucoup de réalisme.

Retable Hattonchatel Crucifixion

 Enfin, la Déploration occupe le dernier compartiment, à droite. La Vierge, Saint Jean et deux saintes femmes entourent le corps du Christ, qui vient d’être descendu de la Croix.

Retable Hattonchatel Déploration

Les différents personnages se répartissent harmonieusement dans l’espace somme toute restreint du compartiment.

Témoins de la scène, une troisième sainte femme ainsi que deux personnages qui, eux, n’ont assurément pas pu prendre part à l’événement représenté : le donateur du retable, messire Gauthier Richeret, doyen du chapitre de la collégiale (agenouillé), et Saint Maur, second évêque de Verdun, auquel l’église est dédiée.

Retable Hattonchatel Déploration

La sainte femme portait un vase à aromates, aujourd’hui disparu. Notez la finesse et le réalisme des plissés de sa chemise…

Vous l’aurez compris, il est bien difficile de ne pas s’attarder devant le retable d’Hattonchâtel, une oeuvre pleine de vie et d’une expressivité vraiment saisissante.

 

2 réflexions au sujet de « Retable de la Passion, Hattonchâtel, Meuse »

  1. LAVAUD Hélène

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre site, vraiment très intéressant et richement illustré. Merci beaucoup, pour les information sur ce retable d’Hattonchâtel que j’ai vu il y a quelques années mais avec ces nouvelles explications, j’ai bien envie de le redécouvrir.

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