Maison Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Albert Bergeret, né en 1859 en Haute-Saône, s’établit en 1886 à Nancy, où il travaille pour l’imprimeur Royer. Douze ans plus tard, il s’installe à son compte et se lance dans la fabrication de cartes postales illustrées, une nouveauté à l’époque. Le succès est si grand que, dès 1901, il demande à l’architecte nancéien Lucien Weissenburger d’édifier, le long de la rue Lionnois, une nouvelle imprimerie ; deux ans plus tard, il lui confie un autre chantier, celui de sa maison personnelle, à l’angle de la même rue, près de l’usine. Pour le décor intérieur, il fait appel aux artistes les plus en vue que compte Nancy à cette époque, les ébénistes Louis Majorelle et Eugène Vallin, le peintre Victor Prouvé, les maîtres-verriers Jacques Gruber et Joseph Janin. La Maison Bergeret, achevée pour l’essentiel en 1904, apparaît ainsi comme l’un des plus beaux fleurons de l’Ecole de Nancy, ce mouvement artistique bien connu de tous les amateurs d’Art Nouveau.

Plusieurs livres ont déjà été consacrés à la maison ; je n’ai donc pas la prétention, en un simple article, de vous en dévoiler toutes les richesses, mais plutôt de vous en présenter quelques aperçus… en somme, quelques « éclats » !

En commandant sa maison, Bergeret souhaitait, bien évidemment, loger sa famille – cinq enfants – et ses domestiques, mais aussi affirmer sa réussite sociale. Le hall, dans lequel on pénètre après avoir franchi un vestibule, illustre à merveille cette fonction de prestige avec, en point d’orgue, la magnifique rampe de l’escalier principal, créée par Louis Majorelle.

Maison Bergeret

La rampe, en fer forgé et laiton, exploite le thème de la monnaie-du-pape, par ailleurs repris dans la mosaïque du sol et les ferronneries extérieures. L’Ecole de Nancy puise son inspiration dans la nature…

Laissons pour l’instant le rez-de-chaussée de côté, et montons quelques marches en direction du premier étage. Au niveau du palier intermédiaire, au fond d’une alcôve, se déploie une immense verrière de Jacques Gruber, Roses et Mouettes, dont voici un détail.

Maison Bergeret

Pour ce vitrail, l’un des plus grands qu’il ait réalisé pour un commanditaire privé, Gruber utilise différents types de verres et multiplie les techniques, gravure à l’acide, superposition de verres, grisaille… Le résultat est époustouflant.

Nous voici arrivés sur le palier du premier étage, sur lequel ouvraient les chambres de la famille. Une porte en forme de fer à cheval donne accès à une petite terrasse ; elle aussi est garnie de vitraux de Gruber, représentant des viornes obiers.

Maison Bergeret

Peut-être connaissez-vous mieux la viorne obier sous le nom de « boule de neige » ??

Avant de redescendre dans le hall, jetez un oeil au plafond. Victor Prouvé y a peint, vers 1905-1906, une grande composition mettant en scène, dans une nature idyllique, des femmes souriantes. Une certaine vision du bonheur, en somme…

Maison Bergeret

Cette toile de 7 mètres sur 3 fut décrochée pendant la dernière guerre et stockée dans des réserves. Très détériorée, elle a fait l’objet, en 2011, d’une minutieuse restauration, avant de retrouver son emplacement d’origine.

Nous voici revenus dans le hall. Une cloison vitrée enchâssée dans une menuiserie aux lignes puissantes sépare ce dernier de la salle à manger ; cet ensemble très original est dû à l’ébéniste Eugène Vallin.

Maison Bergeret

Un réseau de laiton enserre le verre, orné d’un motif de feuilles de houx obtenu par la technique de la gravure à l’acide. Vallin, menuisier de formation, a peut-être confié l’exécution de ce vitrail à un maître-verrier nancéen, mais un doute subsiste.

Passons à présent dans la salle à manger, vaste pièce ouvrant à la fois sur le salon, le cabinet de travail de M. Bergeret et le jardin d’hiver. L’aménagement en est confié à Eugène Vallin, qui fournit les menuiseries (lambris du plafond, chambranles des portes…), dessine la cheminée et, bien sûr, réalise le mobilier : table et chaises, table à thé, buffet.

Maison Bergeret

Les tiroirs du buffet sont taillés dans la masse même du bois !

De la salle à manger au jardin d’hiver, il n’y a qu’un pas… Les parois de cette dernière pièce se composent de panneaux de briques de verre, alternativement vert clair et vert foncé, entre lesquels prennent place des vitraux à motif floral, exécutés non pas par Jacques Gruber mais par un autre verrier nancéen, Joseph Janin.

Maison Bergeret

Ces pavés de verre, creux à l’intérieur, isolent nettement mieux la véranda que ne le feraient de simples vitraux.

Maison Bergeret

Daturas et belles-de-nuit ornent les vitraux de Joseph Janin.

C’est dans cette agréable véranda, jadis garnie d’un mobilier en rotin et de nombreuses plantes vertes, que s’achève notre promenade. La Maison Bergeret, vous vous en doutez, recèle bien d’autres merveilles… Rendez-vous pour les découvrir aux prochaines Journées du Patrimoine, au cours desquelles la maison, propriété depuis 1975 de l’Université de Lorraine, ouvrira largement ses portes au public !

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Maison Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Image CAPTCHA

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>