Archives mensuelles : octobre 2013

Maison Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Albert Bergeret, né en 1859 en Haute-Saône, s’établit en 1886 à Nancy, où il travaille pour l’imprimeur Royer. Douze ans plus tard, il s’installe à son compte et se lance dans la fabrication de cartes postales illustrées, une nouveauté à l’époque. Le succès est si grand que, dès 1901, il demande à l’architecte nancéien Lucien Weissenburger d’édifier, le long de la rue Lionnois, une nouvelle imprimerie ; deux ans plus tard, il lui confie un autre chantier, celui de sa maison personnelle, à l’angle de la même rue, près de l’usine. Pour le décor intérieur, il fait appel aux artistes les plus en vue que compte Nancy à cette époque, les ébénistes Louis Majorelle et Eugène Vallin, le peintre Victor Prouvé, les maîtres-verriers Jacques Gruber et Joseph Janin. La Maison Bergeret, achevée pour l’essentiel en 1904, apparaît ainsi comme l’un des plus beaux fleurons de l’Ecole de Nancy, ce mouvement artistique bien connu de tous les amateurs d’Art Nouveau.

Plusieurs livres ont déjà été consacrés à la maison ; je n’ai donc pas la prétention, en un simple article, de vous en dévoiler toutes les richesses, mais plutôt de vous en présenter quelques aperçus… en somme, quelques « éclats » !

En commandant sa maison, Bergeret souhaitait, bien évidemment, loger sa famille – cinq enfants – et ses domestiques, mais aussi affirmer sa réussite sociale. Le hall, dans lequel on pénètre après avoir franchi un vestibule, illustre à merveille cette fonction de prestige avec, en point d’orgue, la magnifique rampe de l’escalier principal, créée par Louis Majorelle.

Maison Bergeret

La rampe, en fer forgé et laiton, exploite le thème de la monnaie-du-pape, par ailleurs repris dans la mosaïque du sol et les ferronneries extérieures. L’Ecole de Nancy puise son inspiration dans la nature…

Laissons pour l’instant le rez-de-chaussée de côté, et montons quelques marches en direction du premier étage. Au niveau du palier intermédiaire, au fond d’une alcôve, se déploie une immense verrière de Jacques Gruber, Roses et Mouettes, dont voici un détail.

Maison Bergeret

Pour ce vitrail, l’un des plus grands qu’il ait réalisé pour un commanditaire privé, Gruber utilise différents types de verres et multiplie les techniques, gravure à l’acide, superposition de verres, grisaille… Le résultat est époustouflant.

Nous voici arrivés sur le palier du premier étage, sur lequel ouvraient les chambres de la famille. Une porte en forme de fer à cheval donne accès à une petite terrasse ; elle aussi est garnie de vitraux de Gruber, représentant des viornes obiers.

Maison Bergeret

Peut-être connaissez-vous mieux la viorne obier sous le nom de « boule de neige » ??

Avant de redescendre dans le hall, jetez un oeil au plafond. Victor Prouvé y a peint, vers 1905-1906, une grande composition mettant en scène, dans une nature idyllique, des femmes souriantes. Une certaine vision du bonheur, en somme…

Maison Bergeret

Cette toile de 7 mètres sur 3 fut décrochée pendant la dernière guerre et stockée dans des réserves. Très détériorée, elle a fait l’objet, en 2011, d’une minutieuse restauration, avant de retrouver son emplacement d’origine.

Nous voici revenus dans le hall. Une cloison vitrée enchâssée dans une menuiserie aux lignes puissantes sépare ce dernier de la salle à manger ; cet ensemble très original est dû à l’ébéniste Eugène Vallin.

Maison Bergeret

Un réseau de laiton enserre le verre, orné d’un motif de feuilles de houx obtenu par la technique de la gravure à l’acide. Vallin, menuisier de formation, a peut-être confié l’exécution de ce vitrail à un maître-verrier nancéen, mais un doute subsiste.

Passons à présent dans la salle à manger, vaste pièce ouvrant à la fois sur le salon, le cabinet de travail de M. Bergeret et le jardin d’hiver. L’aménagement en est confié à Eugène Vallin, qui fournit les menuiseries (lambris du plafond, chambranles des portes…), dessine la cheminée et, bien sûr, réalise le mobilier : table et chaises, table à thé, buffet.

Maison Bergeret

Les tiroirs du buffet sont taillés dans la masse même du bois !

De la salle à manger au jardin d’hiver, il n’y a qu’un pas… Les parois de cette dernière pièce se composent de panneaux de briques de verre, alternativement vert clair et vert foncé, entre lesquels prennent place des vitraux à motif floral, exécutés non pas par Jacques Gruber mais par un autre verrier nancéen, Joseph Janin.

Maison Bergeret

Ces pavés de verre, creux à l’intérieur, isolent nettement mieux la véranda que ne le feraient de simples vitraux.

Maison Bergeret

Daturas et belles-de-nuit ornent les vitraux de Joseph Janin.

C’est dans cette agréable véranda, jadis garnie d’un mobilier en rotin et de nombreuses plantes vertes, que s’achève notre promenade. La Maison Bergeret, vous vous en doutez, recèle bien d’autres merveilles… Rendez-vous pour les découvrir aux prochaines Journées du Patrimoine, au cours desquelles la maison, propriété depuis 1975 de l’Université de Lorraine, ouvrira largement ses portes au public !

 

 

 

 

 

 

 

Monument aux Michaux, Bar-le-Duc, Meuse

Si, comme moi, par un beau jour d’été, vous flânez dans la Ville Basse de Bar-le-Duc, vous aurez la surprise de découvrir, à l’angle des rues Maginot et du Bourg, ce monument plutôt surprenant.

Monument Michaux Bar-le-Duc

Dans un décor architectural plutôt classique, seul vestige d’une fontaine érigée à cet emplacement au milieu du 18è siècle, se dresse, fièrement appuyé contre son antique bicyclette, un amusant garçonnet aussi nu que joufflu. Je n’avais jamais entendu parler de Pierre et Ernest Michaux : le moment était donc venu de faire plus ample connaissance.

Bar le Duc Monument des Michaux

Ce petit « génie du vélo » (!) est l’oeuvre du sculpteur Edouard Houssin. Il s’agit d’une copie, l’original en bronze ayant disparu pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pierre Michaux, né en 1813 à Bar-le-Duc, s’installa vers 1850 à Paris, où il fonda une petite entreprise de réparation de fiacres. En 1861 il eut, avec son fils Ernest, alors âgé d’une vingtaine d’années, une idée de génie : fixer une manivelle sur la roue avant d’une draisienne, pour la faire tourner ! La pédale était née.

Les Michaux se lancèrent alors dans la production et la commercialisation de leur « vélocipède à pédale » – également appelé « michaudine », qui connut rapidement un grand succès public. Cependant, dès la fin des années 1860, ils perdirent le contrôle de leur entreprise, et virent ensuite leurs affaires péricliter.

Pierre Michaux mourut  en 1883, dans la gêne mais pas totalement oublié puisque, dix ans plus tard, la presse sportive lança une souscription pour élever, dans sa ville natale, un monument à sa mémoire, ainsi qu’à celle de son fils. Cycliste assidue, pédalant au quotidien d’un bout de l’année à l’autre, je me devais bien de rendre ce petit hommage aux Michaux !

 

 

L’Adoration des Mages, Neufchâteau, Vosges

L’église Saint-Christophe constitue, avec celle dédiée à Saint-Nicolas, l’une des deux principales églises de Neufchâteau. Bâtie pour l’essentiel au début du 13è siècle, elle abrite plusieurs oeuvres fort intéressantes, à l’image de celle que j’ai choisi de vous présenter aujourd’hui.

Ce bas-relief en pierre, daté, selon les sources, de la fin du 15è ou du 16è siècle, se trouve dans la chapelle Woeiriot, élevée en 1505 pour l’orfèvre et sculpteur Pierre I Woeiriot, qui travailla pour le duc René II. Le voici :

Eglise St Christophe Adoration Mages

L’oeuvre mesure 85 cm de long pour 45 de haut. Encastrée dans le mur, presque au niveau du sol, et de surcroît mal éclairée, elle ne se laisse pas facilement admirer…

A première vue, le sujet paraît simple : la Vierge, confortablement installée dans un fauteuil, la tête appuyée contre un coussin, reçoit l’hommage des trois Rois, venus apporter leurs présents à l’Enfant. Au-dessus, un ange porte l’étoile qui les guida.

Cependant, certains détails retiennent l’attention. Ainsi, sur la gauche du relief, une femme, debout devant une cheminée, semble préparer un bain… celui de l’Enfant, scène traditionnellement associée à la Nativité ?

Egise St Christophe Adoration Mages

De même, les quatre moutons que l’on aperçoit à droite des Rois Mages, sous un ange jouant de la trompette, n’évoqueraient-ils pas l’Adoration des Bergers ?

Eglise St Christophe Adoration Mages

L’artiste – dont bien sûr nous ignorons le nom – semble donc avoir pris quelques libertés avec l’iconographie traditionnelle, en représentant, en une astucieuse synthèse, trois scènes en une seule. L’originalité de cette composition, jointe à sa charmante naïveté, m’ont beaucoup plu !

Un peu plus tard, j’ai découvert à Bar-le-Duc, au Musée Barrois, un autre relief conçu sur un principe similaire. Là aussi, l’Adoration des Mages constitue le sujet principal de l’oeuvre, dans laquelle le sculpteur a également glissé une allusion à la Nativité… mais cette fois par le biais du boeuf et de l’âne, représentés dans le coin supérieur gauche !

Bar le Duc Musée Barrois

Ayant négligé de noter les indications du cartel, je ne peux guère vous en dire plus sur cette oeuvre…

Avant de quitter la chapelle Woeiriot, n’oubliez pas de lever les yeux : la voûte, constituée d’un réseau de nervures munies de douze clés pendantes, présente en effet la particularité, rarissime, d’être détachée de la voûte supérieure. Mon propos ne vous semble pas très clair ? Regardez la photo, une image vaut mieux qu’un long discours !

Eglise St Christophe chapelle Wiriot