Archives mensuelles : janvier 2014

Eglise Saint-François d’Assise, Vandoeuvre, Meurthe-et-Moselle

Peut-être avez-vous déjà remarqué, au sud de Nancy, près du rond-point jouxtant le Parc des Expositions, un bâtiment austère, dont seule une grande croix signale la fonction. Peut-être même l’avez-vous trouvé laid, avec ses murs de béton brut dépourvus d’ouvertures… L’église Saint-François d’Assise, construite entre 1959 et 1961 par l’architecte Henri Prouvé, mérite cependant  mieux qu’un simple coup d’oeil ou un jugement hâtif !

Eglise St-François, Vandoeuvre-les-Nancy

Les années d’après-guerre sont marquées, comme chacun sait, par une forte croissance de la population, qui vient aggraver la pénurie de logements que connaît alors la France. Les villages proches des grandes agglomérations se transforment profondément : Vandoeuvre-lès-Nancy, dont la population passe de 5000 habitants à presque 34000 en l’espace de trente ans, voit ainsi se multiplier grands ensembles et zones pavillonnaires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la construction, dans les années cinquante, du lotissement Brichambeau, confiée entre autres à l’architecte Henri Prouvé. Ce dernier, né en 1915 (et décédé récemment, en 2012), n’est autre que le fils de Victor Prouvé, l’un des principaux représentants de l’Ecole de Nancy, et le frère de Jean, dont la notoriété dépasse aujourd’hui les frontières. Après avoir d’ailleurs travaillé comme dessinateur au sein des Ateliers Jean Prouvé, Henri, qui a obtenu son diplôme d’architecte en 1947, ouvre une agence à Nancy en 1950 ; il travaille pendant une dizaine d’années à la réalisation du lotissement, dessinant les plans de près de deux cents pavillons, d’une école… et de l’église Saint-François d’Assise. Pour la petite histoire, il est aussi l’auteur, avec son agence, de la tour Joffre-Saint Thiébaut (1961-63) et de la résidence Le Clos de Médreville (1973) qui, à défaut d’être aujourd’hui du goût de tous les Nancéens, n’en demeurent pas moins représentatives de leur époque.

Eglise St François d'Assise, Vandoeuvre

Mais revenons à Saint-François d’Assise. La commande passée à Henri Prouvé par l’abbé Louyot comprenait, outre le volet religieux, un aspect « socio-culturel » puisque l’église devait comporter, à côté des espaces dédiés au culte, une salle de cinéma et des locaux pour les associations et le catéchisme. Prouvé conçoit donc une église sur deux niveaux : au rez-de-chaussée, le cinéma (quatre cents places tout de même…) et les salles de réunion ; au-dessus, une vaste nef de forme ovale, à laquelle s’accroche un petit bâtiment rectangulaire abritant les chapelles secondaires, le tout pouvant accueillir sept cents paroissiens.

Eglise St François d'Assise

La forme ovoïde, plutôt rare dans l’architecture religieuse, évoque l’idée de rassemblement, tandis que les chapelles invitent plutôt à l’intimité et au recueillement.

Eglise Saint-François d'Assise

Le budget destiné à la construction de Saint-François étant modeste, Prouvé opte pour des matériaux et des techniques de construction modernes, issus de l’industrie. C’est ainsi que la structure de l’église est constituée de quatre poteaux soutenant une charpente métallique ; les murs, volontairement laissés en béton brut, ne jouent aucun rôle porteur, tandis que la nef offre un volume unique que n’interrompt aucun pilier. Enfin, le décor s’inscrit parfaitement dans cette recherche de simplicité, en se limitant à un petit ensemble de vitraux et à une fresque, en béton moulé, ornant le bâtiment des chapelles.

Eglise St François d'Assise

Cette fresque, due à l’artiste nancéenne Françoise Malaprade, évoque le personnage de Saint François d’Assise.

Aujourd’hui, l’avenir de Saint-François paraît bien incertain. Depuis les années soixante, les fidèles ont déserté les églises qui, souvent, représentent des charges bien lourdes pour leurs propriétaires – en l’occurrence, ici, le diocèse de Nancy-Toul. En 2007, celui-ci décida donc de la vendre ; un promoteur se montra intéressé et l’affaire se conclut, en janvier 2011, pour un peu plus d’un million d’euros. Cependant, le projet du promoteur – transformer l’église en centre commercial (!) – déclencha un véritable tollé au sein de la population vandopérienne qui, soutenue par plusieurs architectes, obtint in fine, fin 2011, l’inscription de l’édifice à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Depuis – pour ce que j’en sais, la situation n’a guère évolué : certes, l’oeuvre d’Henri Prouvé est désormais protégée de toute destruction ou modification drastique, mais le diocèse manque toujours de fonds pour l’entretenir. Si un lecteur dispose d’informations plus récentes sur l’avenir de Saint-François, je suis preneuse !

Eglise St François d'Assise

Voilà quelques années, la paroisse a autorisé la pose de panneaux publicitaires sur les murs de l’église : une source de revenus, certes, mais bien insuffisante face aux coûts d’entretien du bâtiment.