Archives mensuelles : mai 2014

Notre-Dame de l’Etanche, Deuxnouds-aux-Bois, Meuse

L’abbaye de l’Etanche fut créée au milieu du 12è siècle par Philippe, abbé de Belval, un monastère situé dans l’actuel département des Ardennes. Quelques années plus tôt, Belval avait rejoint l’ordre des Prémontrés, que venait de fonder Saint Norbert de Xanten ; c’est donc tout naturellement que l’Etanche adopta elle aussi les règles de cet ordre. L’évêque de Verdun, Albéron de Chiny, apporta son soutien à la fondation, de même que des seigneurs des environs, les sires de Faverolles ; dès 1157, une charte mentionne le nom de la nouvelle abbaye.

Les années, puis les siècles passèrent… L’Etanche demeura une abbaye de taille modeste, tout de même pourvue d’une dépendance : le prieuré de Benoîte-Vaux, dans le diocèse de Verdun, centre d’un important pèlerinage.

Survint le 17è siècle et avec lui la Guerre de Trente Ans (1618-1648), si dévastatrice pour le duché de Lorraine. Notre-Dame de l’Etanche fut détruite… Un siècle plus tard, de nouveaux bâtiments furent édifiés, un corps de logis (portant la date de 1743) et une petite église, terminée vers 1770.

Aujourd’hui, en dépit de ce riche passé, l’abbaye ne figure pas dans les guides touristiques consacrés à la Lorraine, et pour cause : voici en effet ce que découvre, au fond d’un vallon tranquille, le visiteur arrivant du petit village de Deuxnouds-aux-Bois [au sud-est de Verdun] :

Notre-Dame de l'Etanche

Abbaye de l'Etanche

Sincèrement, le spectacle fait peine à voir. Comment en est-on arrivé là ? Je continue mon histoire…

A la Révolution, les moines quittèrent l’abbaye pour ne plus y revenir, mais les bâtiments ne furent pas détruits ; transformés en ferme et augmentés de nouvelles dépendances, à l’arrière, ils traversèrent sans trop de mal le 19è siècle. La Première Guerre Mondiale les incendia, ruinant les intérieurs ; malgré tout, dans les années quatre-vingt, l’ensemble tenait encore debout et ses propriétaires, résidant semble-t-il en Belgique, le louaient à un cultivateur des environs.

Et puis… une mésentente survint entre les propriétaires, qui mirent fin au contrat de location, sans décider pour autant de vendre leur bien ; l’Etanche, cette fois complètement abandonnée, se dégrada très rapidement, quelques pillards se chargeant de lui ôter ses dernières parures – pour l’essentiel des éléments de ferronnerie.

Abbaye de l'Etanche

L’église, un temps utilisée comme hangar agricole, a vu son pavement grossièrement bétonné, ses voûtes mal rafistolées… Rien ne subsiste de son décor d’origine, à l’exception de ce modeste chapiteau, près de l’entrée :

Abbaye de l'Etanche

Aujourd’hui, la situation paraît totalement bloquée. Certes, l’abbaye est depuis 1984 inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, mais cette mesure ne garantit pas le même niveau de protection qu’un classement pur et simple ; les propriétaires ne donnent aucun signe de vie, et les quelques investisseurs qui, ces dernières années, s’étaient montrés intéressés par le site, ont reculé…

En 2013, une pétition pour réclamer le sauvetage de Notre-Dame de l’Etanche a été lancée : initiative louable, bien sûr, mais sans doute est-il déjà trop tard. Les bâtiments sont dans un état de ruine si avancé qu’une réhabilitation, quelle qu’elle soit, paraît à peine envisageable. L’Etanche, probablement, disparaîtra bientôt de la carte du patrimoine lorrain : dommage, mille fois dommage.

Abbaye de l'Etanche

Marthemont, Meurthe-et-Moselle

Le village de Marthemont – trente-neuf habitants au dernier recensement ! – se trouve à quelques kilomètres de Vézelise, sur la départementale 52, dans cette partie de la Lorraine que l’on appelle le Saintois. L’endroit ne manque pas de charme : un vallon au fond duquel se blottissent quelques fermes, dominées par l’église paroissiale, dédiée à l’Assomption de la Vierge.

Cette église abrite, entre autres oeuvres, une statue en pierre de la Vierge à l’Enfant, du 15è siècle, connue sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance et objet d’un pèlerinage fort ancien. Las ! Le jour de mon passage, l’église était bien évidemment fermée, et mes tentatives pour me procurer la clé sont demeurées vaines.

Alors, pourquoi vous parler de Marthemont ? Tout simplement parce que, en flânant dans le petit cimetière qui entoure l’église, j’ai fait une bien jolie découverte :

Marthemont

Certes, à première vue, cette croix de cimetière n’a rien pour elle : reléguée dans un coin, à gauche de l’entrée de l’église, elle est placée si près du mur qu’il est presque impossible d’en faire le tour ; elle est en outre extrêmement usée, pour ne pas dire très détériorée. Cependant, examinons-la de plus près – et j’espère que, tout comme moi, vous serez séduit par la finesse et la qualité de sa sculpture.

Haute d’environ 2,20 mètres, cette croix taillée dans le calcaire comporte six personnages, quatre au niveau du fût et deux – le Christ et la Vierge – à l’avers et au revers du croisillon. Sa datation est imprécise : la notice de l’Inventaire Général du Patrimoine culturel se contente d’une mention prudente, « croix pouvant être datée stylistiquement du 17è siècle« .

Marthemont

Cette petite silhouette agenouillée, sur la face avant du fût, figure probablement le donateur – ou la donatrice ? – du monument ; de part et d’autre, un saint et une sainte, qu’il est aujourd’hui bien difficile d’identifier.

Marthemont

Au revers, ce personnage portant une musette à l’épaule et s’appuyant sur un long bâton de marche n’est autre que Saint Jacques le Majeur, patron des pèlerins – et l’un des douze apôtres.

Juste au-dessus de lui, la Vierge, silhouette gracieuse et élancée…

Marthemont

Notez le soin apporté à la représentation de ses vêtements, ainsi que la douceur sereine de son expression…

Marthemont

Vous l’aurez compris, cette belle Dame de Marthemont m’a beaucoup plu !

Avant de quitter le village, n’oubliez pas de jeter un oeil aux fermes les plus anciennes, au pied de l’église ; vous y découvrirez de petits détails architecturaux fort intéressants, comme celui-ci, par exemple…

Marthemont

… je vous laisse au plaisir de chercher les autres !