Le Vent des Forêts, Meuse

Dompcevrin, Lahaymeix, Pierrefitte-sur-Aire ou encore Fresnes-au-Mont… Sans doute les noms de ces petites localités, situées à l’ouest de Saint-Mihiel, entre bois et prés, ne vous disent-ils rien ; c’est pourtant là que je vous emmène pour – une fois n’est pas coutume – une incursion dans le domaine de l’art contemporain.

Ces villages sont en effet le théâtre, depuis 1997, d’une manifestation unique en son genre. Chaque année, ils invitent une poignée d’artistes, tant français qu’étrangers, à venir réaliser une oeuvre sur place, en pleine forêt ; le logement se fait chez l’habitant, des bénévoles et les artisans du coin apportent leur concours. Les oeuvres ainsi réalisées s’offrent ensuite au regard des visiteurs, appelés à les découvrir librement au fil de quarante-cinq kilomètres de sentiers, organisés en circuits de longueur variable.

Depuis le début de l’aventure, plus de deux cents oeuvres ont vu le jour ; exposées en plein air, livrées aux intempéries, toutes n’ont pas survécu, beaucoup se sont transformées, au fil des ans et des saisons. Mais n’ayez crainte, il en reste bien suffisamment à découvrir, à l’image de celles-ci, rencontrées au cours de deux belles promenades sur le circuit des Trois Fontaines et le circuit du Gros Charme.

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Non, vous ne rêvez pas, ceci est bien une oeuvre. Certes, Aire cellulaire, réalisée en 2010 par Sébastien Lacroix, passe facilement inaperçue, mais relève d’une démarche intéressante : l’artiste a recueilli des graines de conifères dans sept villes européennes situées sur le septième méridien (Liège, Luxembourg, Strasbourg, Turin… entre autres), puis planté quarante-neuf arbres au milieu des feuillus meusiens. But de la manoeuvre ? Créer, avec le temps, un « conservatoire » de pins des villes, une sorte de « forêt urbaine » en pleine nature.

Autre oeuvre en harmonie parfaite avec son environnement, Neighborhood, du coréen Bong-Gi Park.

P1170167En 2001, l’artiste a assemblé des chutes de bois résultant de l’abattage de cinq arbres, pour créer de nouveaux troncs. Depuis, cette espèce végétale inédite « voisine » paisiblement – et non sans poésie – avec les charmes, les chênes et les épicéas de la parcelle.

Poésie encore avec le Chemin de vie, tracé en 2002 par Liliana De Vito. Au fond d’une allée forestière, un peu à l’écart du sentier, un pavage de pierres calcaires taillées en gros dés, peu à peu recouvertes par la mousse…

P1170183Poésie toujours, mais dans un style bien différent, avec Denis Malbos, qui a installé l’un de ses Cent ciels plantés sur le circuit des Trois Fontaines. Les proportions de ces plaques d’acier peintes, semées partout à travers le monde, sont basées sur le nombre d’or, symbole de perfection esthétique.

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D’autres oeuvres, elles, affichent clairement leur dimension ludique, voire festive, à l’image de ce masque monumental qui, du fond de sa clairière, accueille le promeneur :

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Salut pour tous, encore des agapes à moratoire orphique (!), conçu par Théodore Fivel en 2012, cache en fait bien son jeu : ses plaques d’acier Corten dissimulent… un four à pain, promesse d’un moment de convivialité partagée ?

Plus spectaculaire encore, Hannibal, une création toute récente – 2016 – de Marina Le Gall. Un mammouth de bois et de terre cuite vernissée, dont les riches couleurs et la bouille sympathique ne peuvent qu’émerveiller !

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Parfois, l’aspect ludique de l’oeuvre sert un propos plus sérieux, comme avec Entrelacs 2, imaginée en 2005 par François Génot. Ce Mikado géant, campé au milieu d’une clairière, rappellera à certains le souvenir de parties animées, mais il évoque aussi le chaos laissé dans la forêt par la grande tempête de 1999, avec son cortège d’arbres tombés, enchevêtrés, à dégager pour permettre aux « rescapés » de vivre.

P1170172Autre oeuvre qui, je trouve, véhicule un message fort : Exode, réalisée par Joël Thépault en 2002. Avec cette file de huit voitures, « bagages » sur le toit, l’artiste a voulu rappeler l’exode subi par les habitants des environs, obligés de fuir leurs villages pendant la Première Guerre Mondiale ; une installation qui, dans l’atmosphère paisible du sous-bois, prend une dimension intemporelle…

P1170133Terminons par une oeuvre qui, elle aussi, donne matière à penser. En 2013, le belge Maarten Vanden Eynde a installé à proximité de Rupt-devant-Saint-Mihiel, plus précisément sur le site de l’ancienne décharge du village, une sphère monumentale de huit mètres de diamètre, constituée de toutes sortes d’objets mis au rebut. Globe, une image surprenante de notre société et de sa frénésie de consommation !

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Pour toutes les informations pratiques, je vous renvoie au site du Vent des Forêts, très bien fait ; vous y trouverez également une mine de renseignements sur les oeuvres et les artistes. Et pensez, avant de partir, à vous procurer une carte « papier » des circuits, bien utile pour repérer et identifier les différentes oeuvres. Sur ce, bonne balade !!

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