Archives pour la catégorie Edifices et lieux remarquables

Eglise Saint-Valbert, Fouchécourt, Vosges

Aujourd’hui, je vous propose une balade dans le sud-ouest des Vosges, à la découverte de l’église de Fouchécourt, modeste village (46 habitants !) du canton de Darney.

Dès le Moyen Age, l’église Saint-Valbert est placée sous la dépendance de l’abbaye de Luxeuil – Saint Valbert, d’ailleurs, fut au VIIè siècle le troisième abbé du monastère. Elle jouait à la fois le rôle d’église paroissiale pour le village, et de chapelle pour un petit prieuré qui s’était établi à proximité [en cherchant un peu, vous apercevrez, dans les murs de la maison la plus proche de l'église, des restes d'arcades aujourd'hui bouchées, ainsi qu'une tourelle arasée).

L'édifice actuel ne date cependant pas de l'époque médiévale, mais fut construit en 1613 dans un style gothique bien anachronique ; sans doute l'architecte s'est-il inspiré des églises des villages voisins, plus que des modes de son temps !

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Notez le joli clocher en bâtière…

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La nef, vue de l’entrée principale.

A l’intérieur, Saint-Valbert abrite, outre des fonts baptismaux du 17è siècle, un bel ensemble de quatre autels en bois peint, sculpté et doré, daté du début du 18è siècle. Ceux dédiés à Sainte Barbe, Saint Nicolas et la Vierge, placés respectivement dans la nef et dans les bras nord et sud du transept, sont de facture assez naïve ; en revanche, l’autel principal, réalisé en 1713 par Jean-Claude Jacquin, un sculpteur de Neufchâteau alors réputé dans toute la région, se distingue par sa remarquable qualité d’exécution.

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De part et d’autre de l’autel, remarquez les statues de Saint Valbert (à gauche) et de Saint Claude, qui fut évêque de Besançon ; leur présence s’explique par les liens qu’entretenait le prieuré avec Luxeuil et la Franche-Comté.

L’autel possède un double tabernacle : la partie inférieure, sur la porte de laquelle est sculpté un agneau, servait à conserver les hosties, tandis que les huiles saintes prenaient place dans la partie supérieure, derrière la figure du Christ debout.

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D’un peu plus près…

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Sur les parois latérales du tabernacle figurent d’un côté Saint Pierre et de l’autre Saint Paul ; enfin, Saint Valbert et Saint Benoît complètent le décor sculpté.

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Saint Pierre, toujours reconnaissable à sa clé.

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Saint Benoît. Luxeuil, dont dépendait le prieuré de Fouchécourt, était une abbaye bénédictine.

Notre-Dame de l’Etanche, Deuxnouds-aux-Bois, Meuse

L’abbaye de l’Etanche fut créée au milieu du 12è siècle par Philippe, abbé de Belval, un monastère situé dans l’actuel département des Ardennes. Quelques années plus tôt, Belval avait rejoint l’ordre des Prémontrés, que venait de fonder Saint Norbert de Xanten ; c’est donc tout naturellement que l’Etanche adopta elle aussi les règles de cet ordre. L’évêque de Verdun, Albéron de Chiny, apporta son soutien à la fondation, de même que des seigneurs des environs, les sires de Faverolles ; dès 1157, une charte mentionne le nom de la nouvelle abbaye.

Les années, puis les siècles passèrent… L’Etanche demeura une abbaye de taille modeste, tout de même pourvue d’une dépendance : le prieuré de Benoîte-Vaux, dans le diocèse de Verdun, centre d’un important pèlerinage.

Survint le 17è siècle et avec lui la Guerre de Trente Ans (1618-1648), si dévastatrice pour le duché de Lorraine. Notre-Dame de l’Etanche fut détruite… Un siècle plus tard, de nouveaux bâtiments furent édifiés, un corps de logis (portant la date de 1743) et une petite église, terminée vers 1770.

Aujourd’hui, en dépit de ce riche passé, l’abbaye ne figure pas dans les guides touristiques consacrés à la Lorraine, et pour cause : voici en effet ce que découvre, au fond d’un vallon tranquille, le visiteur arrivant du petit village de Deuxnouds-aux-Bois [au sud-est de Verdun] :

Notre-Dame de l'Etanche

Abbaye de l'Etanche

Sincèrement, le spectacle fait peine à voir. Comment en est-on arrivé là ? Je continue mon histoire…

A la Révolution, les moines quittèrent l’abbaye pour ne plus y revenir, mais les bâtiments ne furent pas détruits ; transformés en ferme et augmentés de nouvelles dépendances, à l’arrière, ils traversèrent sans trop de mal le 19è siècle. La Première Guerre Mondiale les incendia, ruinant les intérieurs ; malgré tout, dans les années quatre-vingt, l’ensemble tenait encore debout et ses propriétaires, résidant semble-t-il en Belgique, le louaient à un cultivateur des environs.

Et puis… une mésentente survint entre les propriétaires, qui mirent fin au contrat de location, sans décider pour autant de vendre leur bien ; l’Etanche, cette fois complètement abandonnée, se dégrada très rapidement, quelques pillards se chargeant de lui ôter ses dernières parures – pour l’essentiel des éléments de ferronnerie.

Abbaye de l'Etanche

L’église, un temps utilisée comme hangar agricole, a vu son pavement grossièrement bétonné, ses voûtes mal rafistolées… Rien ne subsiste de son décor d’origine, à l’exception de ce modeste chapiteau, près de l’entrée :

Abbaye de l'Etanche

Aujourd’hui, la situation paraît totalement bloquée. Certes, l’abbaye est depuis 1984 inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, mais cette mesure ne garantit pas le même niveau de protection qu’un classement pur et simple ; les propriétaires ne donnent aucun signe de vie, et les quelques investisseurs qui, ces dernières années, s’étaient montrés intéressés par le site, ont reculé…

En 2013, une pétition pour réclamer le sauvetage de Notre-Dame de l’Etanche a été lancée : initiative louable, bien sûr, mais sans doute est-il déjà trop tard. Les bâtiments sont dans un état de ruine si avancé qu’une réhabilitation, quelle qu’elle soit, paraît à peine envisageable. L’Etanche, probablement, disparaîtra bientôt de la carte du patrimoine lorrain : dommage, mille fois dommage.

Abbaye de l'Etanche

Portes monumentales, pays de Lunéville, Meurthe-et-Moselle

Aujourd’hui, je vous propose une balade dans la campagne, dans les petits villages éparpillés entre Lunéville et Baccarat, à la découverte d’un patrimoine aussi original que méconnu : celui des portes monumentales.

Un premier exemple, peut-être, pour vous donner une idée ?

Portes monumentales

Ces portes – dont j’ignore le nombre exact – ornent les façades de bâtiments construits à la charnière des 17è et 18è siècles, devenus pour la plupart de simples fermes. Leur histoire est étroitement liée à celle du duché de Lorraine : un bref rappel s’impose donc.

La Lorraine, au 17è siècle, connaît une période particulièrement difficile, marquée par la guerre de Trente Ans (1618-1648) et son cortège de pillages et de famines. Cependant, la situation finit par s’apaiser : en 1698, le duc Léopold reprend possession de son duché, mais celui-ci est à reconstruire… L’installation de nouvelles populations est plus que jamais nécessaire : celles-ci viennent de France, bien sûr, mais aussi de Suisse, du Tyrol ou d’Italie du Nord, notamment de la région du val d’Aoste. Ces migrants étrangers nous intéressent particulièrement, car ce sont eux qui vont construire les portes monumentales, en s’inspirant du style baroque présent dans leurs régions d’origine – mais jusqu’alors inconnu dans les campagnes lorraines.

Les portes présentent ainsi un double intérêt : d’une part, elles témoignent de la présence, modeste mais réelle, du style baroque en Lorraine [où, d'ailleurs, il ne fera guère école] ; de l’autre, elles permettent d’évoquer une page peu connue de l’histoire du Duché, celle de la reconstruction de la fin du 17è – début du 18è siècle.

Grosso modo, ces portes se répartissent en deux catégories, celles « à colonnes » et celles « à chambranle mouluré ». Plusieurs ateliers auraient travaillé simultanément à leur réalisation.

Deux exemples de portes à colonnes…

Portes monumentales

… celle-ci, à Brouville, datée de 1720 et qui, par certains côtés (les chapiteaux doriques, l’entablement…), rappelle les portes édifiées à la Renaissance…

Portes monumentales

… et celle-là, à Reherrey, non datée.

Les portes à chambranle mouluré (à mon avis plus originales !) se trouvent dans d’autres villages, comme à Ogéviller, où une belle porte arbore le millésime 1692 :

Ici, la volonté de magnifier l’entrée est manifeste ; elle est encore plus évidente avec cette autre porte, à Manonviller, réalisée un an après (1693), probablement par un autre artisan.

D’un peu plus près…

Manonviller (2)

Les motifs ornant les portes à chambranle présentent une grande variété : sur les linteaux et autour des niches se déploient ainsi fleurs et palmettes stylisées, mais aussi symboles cosmiques (soleil, étoiles…) ou motifs religieux.

Cette porte, située à Moyen et datée de 1697, a malheureusement perdu une partie de son chambranle ; elle n’en présente pas moins un décor abondant et de qualité – remarquez notamment les deux plantes, de part et d’autre des médaillons ovales, qui pourraient représenter des variétés de céréales cultivées à l’époque.

A Flin, une autre porte présente, dans un cartouche ovale, l’inscription « IHS » [le monogramme du Christ] surmontée de la croix : volonté de placer la maison sous la protection divine, mais aussi témoignage de l’intensité du sentiment religieux dans les campagnes d’alors…

Ne vous fiez pas à la date inscrite sur le fronton ! Cette porte combine en fait, en réemploi, des éléments provenant de plusieurs portes différentes.

Enfin, à Domjevin, une porte à chambranle mouluré de 1707 présente un décor « régionaliste » particulièrement original : regardez bien, les pilastres de part et d’autre de la niche sont surmontés d’une petite croix de Lorraine, tandis que le rinceau au-dessus de la coquille arbore des fleurs de chardon !

Cette porte, l’une des plus spectaculaires avec ses pots-à-feu couronnant les différents éléments de son tympan, est aussi celle dont l’avenir paraît le plus incertain :

Domjevin

Manque d’entretien, restructurations malheureuses ou destruction pure et simple… De nombreuses portes monumentales ont ainsi disparu au fil des ans, et certaines sont aujourd’hui encore menacées. En 2013, une association de protection s’estt créée, l’APPM (Association pour la Préservation des Portes Monumentales du Lunévillois] : tous mes voeux de réussite l’accompagnent !

Sources : pour préparer ma balade et ensuite rédiger cet article, j’ai utilisé ce document, disponible sur le site du C.A.U.E (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) de Meurthe-et-Moselle.

La Nouvelle Revue Lorraine a également consacré un intéressant article au sujet, dans son numéro 24 de février/mars 2014.

Eglise Saint-François d’Assise, Vandoeuvre, Meurthe-et-Moselle

Peut-être avez-vous déjà remarqué, au sud de Nancy, près du rond-point jouxtant le Parc des Expositions, un bâtiment austère, dont seule une grande croix signale la fonction. Peut-être même l’avez-vous trouvé laid, avec ses murs de béton brut dépourvus d’ouvertures… L’église Saint-François d’Assise, construite entre 1959 et 1961 par l’architecte Henri Prouvé, mérite cependant  mieux qu’un simple coup d’oeil ou un jugement hâtif !

Eglise St-François, Vandoeuvre-les-Nancy

Les années d’après-guerre sont marquées, comme chacun sait, par une forte croissance de la population, qui vient aggraver la pénurie de logements que connaît alors la France. Les villages proches des grandes agglomérations se transforment profondément : Vandoeuvre-lès-Nancy, dont la population passe de 5000 habitants à presque 34000 en l’espace de trente ans, voit ainsi se multiplier grands ensembles et zones pavillonnaires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la construction, dans les années cinquante, du lotissement Brichambeau, confiée entre autres à l’architecte Henri Prouvé. Ce dernier, né en 1915 (et décédé récemment, en 2012), n’est autre que le fils de Victor Prouvé, l’un des principaux représentants de l’Ecole de Nancy, et le frère de Jean, dont la notoriété dépasse aujourd’hui les frontières. Après avoir d’ailleurs travaillé comme dessinateur au sein des Ateliers Jean Prouvé, Henri, qui a obtenu son diplôme d’architecte en 1947, ouvre une agence à Nancy en 1950 ; il travaille pendant une dizaine d’années à la réalisation du lotissement, dessinant les plans de près de deux cents pavillons, d’une école… et de l’église Saint-François d’Assise. Pour la petite histoire, il est aussi l’auteur, avec son agence, de la tour Joffre-Saint Thiébaut (1961-63) et de la résidence Le Clos de Médreville (1973) qui, à défaut d’être aujourd’hui du goût de tous les Nancéens, n’en demeurent pas moins représentatives de leur époque.

Eglise St François d'Assise, Vandoeuvre

Mais revenons à Saint-François d’Assise. La commande passée à Henri Prouvé par l’abbé Louyot comprenait, outre le volet religieux, un aspect « socio-culturel » puisque l’église devait comporter, à côté des espaces dédiés au culte, une salle de cinéma et des locaux pour les associations et le catéchisme. Prouvé conçoit donc une église sur deux niveaux : au rez-de-chaussée, le cinéma (quatre cents places tout de même…) et les salles de réunion ; au-dessus, une vaste nef de forme ovale, à laquelle s’accroche un petit bâtiment rectangulaire abritant les chapelles secondaires, le tout pouvant accueillir sept cents paroissiens.

Eglise St François d'Assise

La forme ovoïde, plutôt rare dans l’architecture religieuse, évoque l’idée de rassemblement, tandis que les chapelles invitent plutôt à l’intimité et au recueillement.

Eglise Saint-François d'Assise

Le budget destiné à la construction de Saint-François étant modeste, Prouvé opte pour des matériaux et des techniques de construction modernes, issus de l’industrie. C’est ainsi que la structure de l’église est constituée de quatre poteaux soutenant une charpente métallique ; les murs, volontairement laissés en béton brut, ne jouent aucun rôle porteur, tandis que la nef offre un volume unique que n’interrompt aucun pilier. Enfin, le décor s’inscrit parfaitement dans cette recherche de simplicité, en se limitant à un petit ensemble de vitraux et à une fresque, en béton moulé, ornant le bâtiment des chapelles.

Eglise St François d'Assise

Cette fresque, due à l’artiste nancéenne Françoise Malaprade, évoque le personnage de Saint François d’Assise.

Aujourd’hui, l’avenir de Saint-François paraît bien incertain. Depuis les années soixante, les fidèles ont déserté les églises qui, souvent, représentent des charges bien lourdes pour leurs propriétaires – en l’occurrence, ici, le diocèse de Nancy-Toul. En 2007, celui-ci décida donc de la vendre ; un promoteur se montra intéressé et l’affaire se conclut, en janvier 2011, pour un peu plus d’un million d’euros. Cependant, le projet du promoteur – transformer l’église en centre commercial (!) – déclencha un véritable tollé au sein de la population vandopérienne qui, soutenue par plusieurs architectes, obtint in fine, fin 2011, l’inscription de l’édifice à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Depuis – pour ce que j’en sais, la situation n’a guère évolué : certes, l’oeuvre d’Henri Prouvé est désormais protégée de toute destruction ou modification drastique, mais le diocèse manque toujours de fonds pour l’entretenir. Si un lecteur dispose d’informations plus récentes sur l’avenir de Saint-François, je suis preneuse !

Eglise St François d'Assise

Voilà quelques années, la paroisse a autorisé la pose de panneaux publicitaires sur les murs de l’église : une source de revenus, certes, mais bien insuffisante face aux coûts d’entretien du bâtiment.

Cimetière Saint-Hilaire, Marville, Meuse

Marville, gros bourg situé à quelques kilomètres de Montmédy, fut entre le 13è et le 17è siècle la capitale des « Terres Communes », petit territoire appartenant à la fois aux seigneurs de Luxembourg d’une part, de Bar puis de Lorraine de l’autre. Ce statut particulier, qui garantissait sa neutralité, assura sa prospérité, dont témoignent aujourd’hui encore ses rues bordées de belles demeures Renaissance.

Cependant, ce n’est pas de Marville même dont je souhaite vous parler dans ce présent billet (j’y reviendrai ultérieurement…), mais de son cimetière, blotti autour de la petite église Saint-Hilaire, à quelques centaines de mètres du bourg. Ce dernier, en effet, possède un très bel ensemble de monuments funéraires anciens, datant pour certains des 16è-17è siècles, période qui vit l’apogée de Marville. Même si les plus intéressants se trouvent aujourd’hui dans l’église, malheureusement fermée, la promenade le long des allées de ce lieu verdoyant et serein, plein d’un charme mélancolique, réserve de bien jolies surprises.

Marville cimetière

Les allées du cimetière sont ponctuées de bénitiers, suivant l’usage recommandé au 16è siècle par le concile de Trente.

Approchons-nous de l’édicule coiffé d’un toit à deux pentes. Il abrite une belle Vierge de Pitié que surmonte une représentation du Christ du Jugement Dernier, le tout daté de la fin du 15è siècle.

Marville cimetière

La stature de la Vierge et le souple drapé de son manteau contrastent avec le corps de son Fils, raide et étrangement petit…

Marville cimetière

Les morts, aux pieds du Christ, sortent de leurs tombeaux au son de la trompette jouée par les anges. De part et d’autre, la Vierge et Saint-Jean. Le Jugement Dernier est l’un des thèmes les plus fréquemment représentés aux 14è et 15è siècles.

Devant la Vierge de Pitié se trouve un ensemble de quatre stèles un peu plus anciennes (début du 15è siècle), ornées des figures sculptées des apôtres, par groupes de trois. L’une des stèles ne présente cependant que deux apôtres, laissant une place vide… Serait-ce Judas que l’artiste n’a pas voulu représenter ?

Marville cimetière

Non loin de là se dresse un petit monument qui passerait presque inaperçu, tant l’usure du temps et la mousse ont rendu sa lecture difficile. Regardons-le de plus près :

Marville cimetière

Au pied d’un tronc mal élagué, un crâne ; de part et d’autre, deux cercueils abritant l’un un cadavre, l’autre un squelette (c’est ce dernier que vous apercevez sur la photo) ; au-dessus, un personnage ayant malheureusement perdu sa tête, agenouillé devant un écusson sur lequel figure (si si, regardez bien !), une balance, symbolisant la justice divine.

Cette tombe dite « aux cercueils », datée du milieu du 17è siècle, rappelle par son goût macabre un autre monument de la même époque, situé un peu plus loin dans le cimetière.

Marville cimetière

La présence de tous ces monuments peu ordinaires s’explique, bien sûr, par la belle période de prospérité que connut Marville, mais aussi par son statut politique particulier, qui entraîna le développement d’une nouvelle »classe sociale », celle des officiers ducaux. Ces représentants des pouvoirs luxembourgeois et lorrain ne pouvaient prétendre à une inhumation dans l’église du bourg ou dans Saint-Hilaire, toutes deux réservées à la noblesse et aux bienfaiteurs de la paroisse ; ils firent donc élever leurs monuments dans le cimetière.

Terminons à présent notre promenade en empruntant une dernière allée, qui nous conduira vers l’un des plus beaux endroits du cimetière. S’y dresse en effet un petit édicule abritant une très belle statue de Christ aux Liens, datée de la seconde moitié du 16è siècle.

Marville cimetièreD’un peu plus près…

Marville cimetière

Ce Christ au corps vigoureux, quasi athlétique, n’a plus grand-chose à voir avec les représentations traditionnelles, axées sur les souffrances de la Passion. L’esprit de la Renaissance et son intérêt pour l’anatomie sont ici bien sensibles.

Tout à côté du Christ aux Liens, une petite stèle du début du 17è siècle, d’une exécution très soignée, mérite également l’attention.

Marville cimetière

Sous la Crucifixion, bien abîmée, se trouve une scène représentant l’Education de la Vierge, vraiment très belle.

Marville cimetière

Enfin, un dernier mot sur l’ossuaire du cimetière Saint-Hilaire, le seul conservé aujourd’hui en Meuse. Daté de la fin du 15è ou du début du 16è siècle, ce petit bâtiment accueillait, selon une pratique courante à l’époque, les ossements mis au jour lorsqu’une nouvelle tombe était creusée. N’oubliez pas d’y jeter un coup d’oeil !

N.B : pour écrire cet article, je me suis aidée du beau petit livre que La Gazette Lorraine a consacré en 2013 à Marville (il s’agit en fait d’un numéro hors-série de la revue). Vous pourrez vous le procurer ici.

 

 

 

 

Maison Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Albert Bergeret, né en 1859 en Haute-Saône, s’établit en 1886 à Nancy, où il travaille pour l’imprimeur Royer. Douze ans plus tard, il s’installe à son compte et se lance dans la fabrication de cartes postales illustrées, une nouveauté à l’époque. Le succès est si grand que, dès 1901, il demande à l’architecte nancéien Lucien Weissenburger d’édifier, le long de la rue Lionnois, une nouvelle imprimerie ; deux ans plus tard, il lui confie un autre chantier, celui de sa maison personnelle, à l’angle de la même rue, près de l’usine. Pour le décor intérieur, il fait appel aux artistes les plus en vue que compte Nancy à cette époque, les ébénistes Louis Majorelle et Eugène Vallin, le peintre Victor Prouvé, les maîtres-verriers Jacques Gruber et Joseph Janin. La Maison Bergeret, achevée pour l’essentiel en 1904, apparaît ainsi comme l’un des plus beaux fleurons de l’Ecole de Nancy, ce mouvement artistique bien connu de tous les amateurs d’Art Nouveau.

Plusieurs livres ont déjà été consacrés à la maison ; je n’ai donc pas la prétention, en un simple article, de vous en dévoiler toutes les richesses, mais plutôt de vous en présenter quelques aperçus… en somme, quelques « éclats » !

En commandant sa maison, Bergeret souhaitait, bien évidemment, loger sa famille – cinq enfants – et ses domestiques, mais aussi affirmer sa réussite sociale. Le hall, dans lequel on pénètre après avoir franchi un vestibule, illustre à merveille cette fonction de prestige avec, en point d’orgue, la magnifique rampe de l’escalier principal, créée par Louis Majorelle.

Maison Bergeret

La rampe, en fer forgé et laiton, exploite le thème de la monnaie-du-pape, par ailleurs repris dans la mosaïque du sol et les ferronneries extérieures. L’Ecole de Nancy puise son inspiration dans la nature…

Laissons pour l’instant le rez-de-chaussée de côté, et montons quelques marches en direction du premier étage. Au niveau du palier intermédiaire, au fond d’une alcôve, se déploie une immense verrière de Jacques Gruber, Roses et Mouettes, dont voici un détail.

Maison Bergeret

Pour ce vitrail, l’un des plus grands qu’il ait réalisé pour un commanditaire privé, Gruber utilise différents types de verres et multiplie les techniques, gravure à l’acide, superposition de verres, grisaille… Le résultat est époustouflant.

Nous voici arrivés sur le palier du premier étage, sur lequel ouvraient les chambres de la famille. Une porte en forme de fer à cheval donne accès à une petite terrasse ; elle aussi est garnie de vitraux de Gruber, représentant des viornes obiers.

Maison Bergeret

Peut-être connaissez-vous mieux la viorne obier sous le nom de « boule de neige » ??

Avant de redescendre dans le hall, jetez un oeil au plafond. Victor Prouvé y a peint, vers 1905-1906, une grande composition mettant en scène, dans une nature idyllique, des femmes souriantes. Une certaine vision du bonheur, en somme…

Maison Bergeret

Cette toile de 7 mètres sur 3 fut décrochée pendant la dernière guerre et stockée dans des réserves. Très détériorée, elle a fait l’objet, en 2011, d’une minutieuse restauration, avant de retrouver son emplacement d’origine.

Nous voici revenus dans le hall. Une cloison vitrée enchâssée dans une menuiserie aux lignes puissantes sépare ce dernier de la salle à manger ; cet ensemble très original est dû à l’ébéniste Eugène Vallin.

Maison Bergeret

Un réseau de laiton enserre le verre, orné d’un motif de feuilles de houx obtenu par la technique de la gravure à l’acide. Vallin, menuisier de formation, a peut-être confié l’exécution de ce vitrail à un maître-verrier nancéen, mais un doute subsiste.

Passons à présent dans la salle à manger, vaste pièce ouvrant à la fois sur le salon, le cabinet de travail de M. Bergeret et le jardin d’hiver. L’aménagement en est confié à Eugène Vallin, qui fournit les menuiseries (lambris du plafond, chambranles des portes…), dessine la cheminée et, bien sûr, réalise le mobilier : table et chaises, table à thé, buffet.

Maison Bergeret

Les tiroirs du buffet sont taillés dans la masse même du bois !

De la salle à manger au jardin d’hiver, il n’y a qu’un pas… Les parois de cette dernière pièce se composent de panneaux de briques de verre, alternativement vert clair et vert foncé, entre lesquels prennent place des vitraux à motif floral, exécutés non pas par Jacques Gruber mais par un autre verrier nancéen, Joseph Janin.

Maison Bergeret

Ces pavés de verre, creux à l’intérieur, isolent nettement mieux la véranda que ne le feraient de simples vitraux.

Maison Bergeret

Daturas et belles-de-nuit ornent les vitraux de Joseph Janin.

C’est dans cette agréable véranda, jadis garnie d’un mobilier en rotin et de nombreuses plantes vertes, que s’achève notre promenade. La Maison Bergeret, vous vous en doutez, recèle bien d’autres merveilles… Rendez-vous pour les découvrir aux prochaines Journées du Patrimoine, au cours desquelles la maison, propriété depuis 1975 de l’Université de Lorraine, ouvrira largement ses portes au public !

 

 

 

 

 

 

 

Château de la Varenne, Haironville, Meuse

La vallée de la Saulx, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Bar-le-Duc, égrène le long de sa petite rivière une ribambelle de villages anciens, dans un cadre bucolique à souhait. De son passé de zone frontière entre la Lorraine et la France, mais aussi de villégiature fort prisée des hauts fonctionnaires de la cour ducale, elle conserve plusieurs petits châteaux, à Stainville, Bazincourt-sur-Saulx, Ville-sur-Saulx, Beurey-sur-Saulx… La plupart, hélas, se laissent à peine entrevoir derrière les murs et les hauts arbres qui les dissimulent aux regards ; l’un d’eux, cependant, ouvre plus généreusement les portes de son parc.

Château de la Varenne Haironville

Charme infini (!) des ciels lorrains… La pluie venait juste de cesser lorsque j’ai visité le château.

Le château de la Varenne fut bâti en 1506 à l’emplacement d’une ancienne maison forte, à la demande de Pierre Merlin, commissaire aux comptes du duc de Bar. Chargé – entre autres – de développer les relations commerciales avec le Royaume des Deux-Siciles, il s’était brillamment acquitté de ses fonctions et venait d’être anobli par le duc.

Côté cour, le château se compose d’un corps de logis qu’encadrent deux ailes en retour, élevées un peu plus tardivement, dans les années 1570. Celle de gauche se termine par un imposant pigeonnier, riche de trois mille boulins : lorsque l’on sait que le nombre de boulins était proportionnel à la superficie de terres agricoles possédées par le châtelain, on saisit mieux la richesse du maître des lieux…

Chateau de la Varenne Haironville

Au 18è siècle, le mur fermant la cour fut remplacé par une balustrade ; de même, certaines fenêtres furent agrandies, pour apporter plus de lumière et de confort aux appartements.

Côté parc, la façade présente certaines caractéristiques propres aux châteaux de la vallée de la Saulx : présence d’échauguettes aux angles, division horizontale en trois niveaux renforcée par des cordons moulurés, alignement régulier des baies qui, ici, n’exclut pas une certaine asymétrie !

Château de la Varenne, Haironville

La toiture est aussi haute que la façade – 12 mètres chacune.

Le niveau supérieur, beaucoup moins élevé que les deux premiers, n’est percé que de petites fenêtres ; cela ne vous rappelle-t-il pas les façades des maisons de Bar-le-Duc ?

Bar le Duc

Façades de la place Saint-Pierre, dans la Ville Haute de Bar-le-Duc

Si l’extérieur du château a conservé son allure Renaissance, l’intérieur, lui, a été réaménagé au 18è siècle. Seul subsiste au rez-de-chaussée un très beau plafond en pierre, composé de trente-huit caissons sculptés, chacun d’un motif différent.

Château de la Varenne Haironville

Ce type de plafond, techniquement très difficile à réaliser, se rencontre plus fréquemment dans une résidence royale ou une chapelle (ainsi celle des Evêques, dans la cathédrale de Toul), que dans une « simple » maison de plaisance…

Le parc du château de la Varenne – une vingtaine d’hectares en bordure de la Saulx – est ouvert tous les jours en juillet et août, de 10h à 12h puis de 14h à 18h. Planté d’arbres splendides, il offre en outre de très beaux points de vue sur le château. Ce dernier ne se visite qu’en certaines occasions, comme les Journées du Patrimoine ; vous aurez alors le plaisir d’en découvrir les décors intérieurs en compagnie de la propriétaire, une dame dynamique et absolument passionnante. Un moment à ne pas manquer !