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Le Vent des Forêts, Meuse

Dompcevrin, Lahaymeix, Pierrefitte-sur-Aire ou encore Fresnes-au-Mont… Sans doute les noms de ces petites localités, situées à l’ouest de Saint-Mihiel, entre bois et prés, ne vous disent-ils rien ; c’est pourtant là que je vous emmène pour – une fois n’est pas coutume – une incursion dans le domaine de l’art contemporain.

Ces villages sont en effet le théâtre, depuis 1997, d’une manifestation unique en son genre. Chaque année, ils invitent une poignée d’artistes, tant français qu’étrangers, à venir réaliser une oeuvre sur place, en pleine forêt ; le logement se fait chez l’habitant, des bénévoles et les artisans du coin apportent leur concours. Les oeuvres ainsi réalisées s’offrent ensuite au regard des visiteurs, appelés à les découvrir librement au fil de quarante-cinq kilomètres de sentiers, organisés en circuits de longueur variable.

Depuis le début de l’aventure, plus de deux cents oeuvres ont vu le jour ; exposées en plein air, livrées aux intempéries, toutes n’ont pas survécu, beaucoup se sont transformées, au fil des ans et des saisons. Mais n’ayez crainte, il en reste bien suffisamment à découvrir, à l’image de celles-ci, rencontrées au cours de deux belles promenades sur le circuit des Trois Fontaines et le circuit du Gros Charme.

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Non, vous ne rêvez pas, ceci est bien une oeuvre. Certes, Aire cellulaire, réalisée en 2010 par Sébastien Lacroix, passe facilement inaperçue, mais relève d’une démarche intéressante : l’artiste a recueilli des graines de conifères dans sept villes européennes situées sur le septième méridien (Liège, Luxembourg, Strasbourg, Turin… entre autres), puis planté quarante-neuf arbres au milieu des feuillus meusiens. But de la manoeuvre ? Créer, avec le temps, un « conservatoire » de pins des villes, une sorte de « forêt urbaine » en pleine nature.

Autre oeuvre en harmonie parfaite avec son environnement, Neighborhood, du coréen Bong-Gi Park.

P1170167En 2001, l’artiste a assemblé des chutes de bois résultant de l’abattage de cinq arbres, pour créer de nouveaux troncs. Depuis, cette espèce végétale inédite « voisine » paisiblement – et non sans poésie – avec les charmes, les chênes et les épicéas de la parcelle.

Poésie encore avec le Chemin de vie, tracé en 2002 par Liliana De Vito. Au fond d’une allée forestière, un peu à l’écart du sentier, un pavage de pierres calcaires taillées en gros dés, peu à peu recouvertes par la mousse…

P1170183Poésie toujours, mais dans un style bien différent, avec Denis Malbos, qui a installé l’un de ses Cent ciels plantés sur le circuit des Trois Fontaines. Les proportions de ces plaques d’acier peintes, semées partout à travers le monde, sont basées sur le nombre d’or, symbole de perfection esthétique.

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D’autres oeuvres, elles, affichent clairement leur dimension ludique, voire festive, à l’image de ce masque monumental qui, du fond de sa clairière, accueille le promeneur :

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Salut pour tous, encore des agapes à moratoire orphique (!), conçu par Théodore Fivel en 2012, cache en fait bien son jeu : ses plaques d’acier Corten dissimulent… un four à pain, promesse d’un moment de convivialité partagée ?

Plus spectaculaire encore, Hannibal, une création toute récente – 2016 – de Marina Le Gall. Un mammouth de bois et de terre cuite vernissée, dont les riches couleurs et la bouille sympathique ne peuvent qu’émerveiller !

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Parfois, l’aspect ludique de l’oeuvre sert un propos plus sérieux, comme avec Entrelacs 2, imaginée en 2005 par François Génot. Ce Mikado géant, campé au milieu d’une clairière, rappellera à certains le souvenir de parties animées, mais il évoque aussi le chaos laissé dans la forêt par la grande tempête de 1999, avec son cortège d’arbres tombés, enchevêtrés, à dégager pour permettre aux « rescapés » de vivre.

P1170172Autre oeuvre qui, je trouve, véhicule un message fort : Exode, réalisée par Joël Thépault en 2002. Avec cette file de huit voitures, « bagages » sur le toit, l’artiste a voulu rappeler l’exode subi par les habitants des environs, obligés de fuir leurs villages pendant la Première Guerre Mondiale ; une installation qui, dans l’atmosphère paisible du sous-bois, prend une dimension intemporelle…

P1170133Terminons par une oeuvre qui, elle aussi, donne matière à penser. En 2013, le belge Maarten Vanden Eynde a installé à proximité de Rupt-devant-Saint-Mihiel, plus précisément sur le site de l’ancienne décharge du village, une sphère monumentale de huit mètres de diamètre, constituée de toutes sortes d’objets mis au rebut. Globe, une image surprenante de notre société et de sa frénésie de consommation !

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Pour toutes les informations pratiques, je vous renvoie au site du Vent des Forêts, très bien fait ; vous y trouverez également une mine de renseignements sur les oeuvres et les artistes. Et pensez, avant de partir, à vous procurer une carte « papier » des circuits, bien utile pour repérer et identifier les différentes oeuvres. Sur ce, bonne balade !!

Notre-Dame de l’Etanche, Deuxnouds-aux-Bois, Meuse

L’abbaye de l’Etanche fut créée au milieu du 12è siècle par Philippe, abbé de Belval, un monastère situé dans l’actuel département des Ardennes. Quelques années plus tôt, Belval avait rejoint l’ordre des Prémontrés, que venait de fonder Saint Norbert de Xanten ; c’est donc tout naturellement que l’Etanche adopta elle aussi les règles de cet ordre. L’évêque de Verdun, Albéron de Chiny, apporta son soutien à la fondation, de même que des seigneurs des environs, les sires de Faverolles ; dès 1157, une charte mentionne le nom de la nouvelle abbaye.

Les années, puis les siècles passèrent… L’Etanche demeura une abbaye de taille modeste, tout de même pourvue d’une dépendance : le prieuré de Benoîte-Vaux, dans le diocèse de Verdun, centre d’un important pèlerinage.

Survint le 17è siècle et avec lui la Guerre de Trente Ans (1618-1648), si dévastatrice pour le duché de Lorraine. Notre-Dame de l’Etanche fut détruite… Un siècle plus tard, de nouveaux bâtiments furent édifiés, un corps de logis (portant la date de 1743) et une petite église, terminée vers 1770.

Aujourd’hui, en dépit de ce riche passé, l’abbaye ne figure pas dans les guides touristiques consacrés à la Lorraine, et pour cause : voici en effet ce que découvre, au fond d’un vallon tranquille, le visiteur arrivant du petit village de Deuxnouds-aux-Bois [au sud-est de Verdun] :

Notre-Dame de l'Etanche

Abbaye de l'Etanche

Sincèrement, le spectacle fait peine à voir. Comment en est-on arrivé là ? Je continue mon histoire…

A la Révolution, les moines quittèrent l’abbaye pour ne plus y revenir, mais les bâtiments ne furent pas détruits ; transformés en ferme et augmentés de nouvelles dépendances, à l’arrière, ils traversèrent sans trop de mal le 19è siècle. La Première Guerre Mondiale les incendia, ruinant les intérieurs ; malgré tout, dans les années quatre-vingt, l’ensemble tenait encore debout et ses propriétaires, résidant semble-t-il en Belgique, le louaient à un cultivateur des environs.

Et puis… une mésentente survint entre les propriétaires, qui mirent fin au contrat de location, sans décider pour autant de vendre leur bien ; l’Etanche, cette fois complètement abandonnée, se dégrada très rapidement, quelques pillards se chargeant de lui ôter ses dernières parures – pour l’essentiel des éléments de ferronnerie.

Abbaye de l'Etanche

L’église, un temps utilisée comme hangar agricole, a vu son pavement grossièrement bétonné, ses voûtes mal rafistolées… Rien ne subsiste de son décor d’origine, à l’exception de ce modeste chapiteau, près de l’entrée :

Abbaye de l'Etanche

Aujourd’hui, la situation paraît totalement bloquée. Certes, l’abbaye est depuis 1984 inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, mais cette mesure ne garantit pas le même niveau de protection qu’un classement pur et simple ; les propriétaires ne donnent aucun signe de vie, et les quelques investisseurs qui, ces dernières années, s’étaient montrés intéressés par le site, ont reculé…

En 2013, une pétition pour réclamer le sauvetage de Notre-Dame de l’Etanche a été lancée : initiative louable, bien sûr, mais sans doute est-il déjà trop tard. Les bâtiments sont dans un état de ruine si avancé qu’une réhabilitation, quelle qu’elle soit, paraît à peine envisageable. L’Etanche, probablement, disparaîtra bientôt de la carte du patrimoine lorrain : dommage, mille fois dommage.

Abbaye de l'Etanche

Cimetière Saint-Hilaire, Marville, Meuse

Marville, gros bourg situé à quelques kilomètres de Montmédy, fut entre le 13è et le 17è siècle la capitale des « Terres Communes », petit territoire appartenant à la fois aux seigneurs de Luxembourg d’une part, de Bar puis de Lorraine de l’autre. Ce statut particulier, qui garantissait sa neutralité, assura sa prospérité, dont témoignent aujourd’hui encore ses rues bordées de belles demeures Renaissance.

Cependant, ce n’est pas de Marville même dont je souhaite vous parler dans ce présent billet (j’y reviendrai ultérieurement…), mais de son cimetière, blotti autour de la petite église Saint-Hilaire, à quelques centaines de mètres du bourg. Ce dernier, en effet, possède un très bel ensemble de monuments funéraires anciens, datant pour certains des 16è-17è siècles, période qui vit l’apogée de Marville. Même si les plus intéressants se trouvent aujourd’hui dans l’église, malheureusement fermée, la promenade le long des allées de ce lieu verdoyant et serein, plein d’un charme mélancolique, réserve de bien jolies surprises.

Marville cimetière

Les allées du cimetière sont ponctuées de bénitiers, suivant l’usage recommandé au 16è siècle par le concile de Trente.

Approchons-nous de l’édicule coiffé d’un toit à deux pentes. Il abrite une belle Vierge de Pitié que surmonte une représentation du Christ du Jugement Dernier, le tout daté de la fin du 15è siècle.

Marville cimetière

La stature de la Vierge et le souple drapé de son manteau contrastent avec le corps de son Fils, raide et étrangement petit…

Marville cimetière

Les morts, aux pieds du Christ, sortent de leurs tombeaux au son de la trompette jouée par les anges. De part et d’autre, la Vierge et Saint-Jean. Le Jugement Dernier est l’un des thèmes les plus fréquemment représentés aux 14è et 15è siècles.

Devant la Vierge de Pitié se trouve un ensemble de quatre stèles un peu plus anciennes (début du 15è siècle), ornées des figures sculptées des apôtres, par groupes de trois. L’une des stèles ne présente cependant que deux apôtres, laissant une place vide… Serait-ce Judas que l’artiste n’a pas voulu représenter ?

Marville cimetière

Non loin de là se dresse un petit monument qui passerait presque inaperçu, tant l’usure du temps et la mousse ont rendu sa lecture difficile. Regardons-le de plus près :

Marville cimetière

Au pied d’un tronc mal élagué, un crâne ; de part et d’autre, deux cercueils abritant l’un un cadavre, l’autre un squelette (c’est ce dernier que vous apercevez sur la photo) ; au-dessus, un personnage ayant malheureusement perdu sa tête, agenouillé devant un écusson sur lequel figure (si si, regardez bien !), une balance, symbolisant la justice divine.

Cette tombe dite « aux cercueils », datée du milieu du 17è siècle, rappelle par son goût macabre un autre monument de la même époque, situé un peu plus loin dans le cimetière.

Marville cimetière

La présence de tous ces monuments peu ordinaires s’explique, bien sûr, par la belle période de prospérité que connut Marville, mais aussi par son statut politique particulier, qui entraîna le développement d’une nouvelle »classe sociale », celle des officiers ducaux. Ces représentants des pouvoirs luxembourgeois et lorrain ne pouvaient prétendre à une inhumation dans l’église du bourg ou dans Saint-Hilaire, toutes deux réservées à la noblesse et aux bienfaiteurs de la paroisse ; ils firent donc élever leurs monuments dans le cimetière.

Terminons à présent notre promenade en empruntant une dernière allée, qui nous conduira vers l’un des plus beaux endroits du cimetière. S’y dresse en effet un petit édicule abritant une très belle statue de Christ aux Liens, datée de la seconde moitié du 16è siècle.

Marville cimetièreD’un peu plus près…

Marville cimetière

Ce Christ au corps vigoureux, quasi athlétique, n’a plus grand-chose à voir avec les représentations traditionnelles, axées sur les souffrances de la Passion. L’esprit de la Renaissance et son intérêt pour l’anatomie sont ici bien sensibles.

Tout à côté du Christ aux Liens, une petite stèle du début du 17è siècle, d’une exécution très soignée, mérite également l’attention.

Marville cimetière

Sous la Crucifixion, bien abîmée, se trouve une scène représentant l’Education de la Vierge, vraiment très belle.

Marville cimetière

Enfin, un dernier mot sur l’ossuaire du cimetière Saint-Hilaire, le seul conservé aujourd’hui en Meuse. Daté de la fin du 15è ou du début du 16è siècle, ce petit bâtiment accueillait, selon une pratique courante à l’époque, les ossements mis au jour lorsqu’une nouvelle tombe était creusée. N’oubliez pas d’y jeter un coup d’oeil !

N.B : pour écrire cet article, je me suis aidée du beau petit livre que La Gazette Lorraine a consacré en 2013 à Marville (il s’agit en fait d’un numéro hors-série de la revue). Vous pourrez vous le procurer ici.

 

 

 

 

Monument aux Michaux, Bar-le-Duc, Meuse

Si, comme moi, par un beau jour d’été, vous flânez dans la Ville Basse de Bar-le-Duc, vous aurez la surprise de découvrir, à l’angle des rues Maginot et du Bourg, ce monument plutôt surprenant.

Monument Michaux Bar-le-Duc

Dans un décor architectural plutôt classique, seul vestige d’une fontaine érigée à cet emplacement au milieu du 18è siècle, se dresse, fièrement appuyé contre son antique bicyclette, un amusant garçonnet aussi nu que joufflu. Je n’avais jamais entendu parler de Pierre et Ernest Michaux : le moment était donc venu de faire plus ample connaissance.

Bar le Duc Monument des Michaux

Ce petit « génie du vélo » (!) est l’oeuvre du sculpteur Edouard Houssin. Il s’agit d’une copie, l’original en bronze ayant disparu pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pierre Michaux, né en 1813 à Bar-le-Duc, s’installa vers 1850 à Paris, où il fonda une petite entreprise de réparation de fiacres. En 1861 il eut, avec son fils Ernest, alors âgé d’une vingtaine d’années, une idée de génie : fixer une manivelle sur la roue avant d’une draisienne, pour la faire tourner ! La pédale était née.

Les Michaux se lancèrent alors dans la production et la commercialisation de leur « vélocipède à pédale » – également appelé « michaudine », qui connut rapidement un grand succès public. Cependant, dès la fin des années 1860, ils perdirent le contrôle de leur entreprise, et virent ensuite leurs affaires péricliter.

Pierre Michaux mourut  en 1883, dans la gêne mais pas totalement oublié puisque, dix ans plus tard, la presse sportive lança une souscription pour élever, dans sa ville natale, un monument à sa mémoire, ainsi qu’à celle de son fils. Cycliste assidue, pédalant au quotidien d’un bout de l’année à l’autre, je me devais bien de rendre ce petit hommage aux Michaux !

 

 

Château de la Varenne, Haironville, Meuse

La vallée de la Saulx, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Bar-le-Duc, égrène le long de sa petite rivière une ribambelle de villages anciens, dans un cadre bucolique à souhait. De son passé de zone frontière entre la Lorraine et la France, mais aussi de villégiature fort prisée des hauts fonctionnaires de la cour ducale, elle conserve plusieurs petits châteaux, à Stainville, Bazincourt-sur-Saulx, Ville-sur-Saulx, Beurey-sur-Saulx… La plupart, hélas, se laissent à peine entrevoir derrière les murs et les hauts arbres qui les dissimulent aux regards ; l’un d’eux, cependant, ouvre plus généreusement les portes de son parc.

Château de la Varenne Haironville

Charme infini (!) des ciels lorrains… La pluie venait juste de cesser lorsque j’ai visité le château.

Le château de la Varenne fut bâti en 1506 à l’emplacement d’une ancienne maison forte, à la demande de Pierre Merlin, commissaire aux comptes du duc de Bar. Chargé – entre autres – de développer les relations commerciales avec le Royaume des Deux-Siciles, il s’était brillamment acquitté de ses fonctions et venait d’être anobli par le duc.

Côté cour, le château se compose d’un corps de logis qu’encadrent deux ailes en retour, élevées un peu plus tardivement, dans les années 1570. Celle de gauche se termine par un imposant pigeonnier, riche de trois mille boulins : lorsque l’on sait que le nombre de boulins était proportionnel à la superficie de terres agricoles possédées par le châtelain, on saisit mieux la richesse du maître des lieux…

Chateau de la Varenne Haironville

Au 18è siècle, le mur fermant la cour fut remplacé par une balustrade ; de même, certaines fenêtres furent agrandies, pour apporter plus de lumière et de confort aux appartements.

Côté parc, la façade présente certaines caractéristiques propres aux châteaux de la vallée de la Saulx : présence d’échauguettes aux angles, division horizontale en trois niveaux renforcée par des cordons moulurés, alignement régulier des baies qui, ici, n’exclut pas une certaine asymétrie !

Château de la Varenne, Haironville

La toiture est aussi haute que la façade – 12 mètres chacune.

Le niveau supérieur, beaucoup moins élevé que les deux premiers, n’est percé que de petites fenêtres ; cela ne vous rappelle-t-il pas les façades des maisons de Bar-le-Duc ?

Bar le Duc

Façades de la place Saint-Pierre, dans la Ville Haute de Bar-le-Duc

Si l’extérieur du château a conservé son allure Renaissance, l’intérieur, lui, a été réaménagé au 18è siècle. Seul subsiste au rez-de-chaussée un très beau plafond en pierre, composé de trente-huit caissons sculptés, chacun d’un motif différent.

Château de la Varenne Haironville

Ce type de plafond, techniquement très difficile à réaliser, se rencontre plus fréquemment dans une résidence royale ou une chapelle (ainsi celle des Evêques, dans la cathédrale de Toul), que dans une « simple » maison de plaisance…

Le parc du château de la Varenne – une vingtaine d’hectares en bordure de la Saulx – est ouvert tous les jours en juillet et août, de 10h à 12h puis de 14h à 18h. Planté d’arbres splendides, il offre en outre de très beaux points de vue sur le château. Ce dernier ne se visite qu’en certaines occasions, comme les Journées du Patrimoine ; vous aurez alors le plaisir d’en découvrir les décors intérieurs en compagnie de la propriétaire, une dame dynamique et absolument passionnante. Un moment à ne pas manquer !

 

 

 

 

Musée de la céramique et de l’ivoire, Commercy, Meuse

A peine quelques billets publiés que je m’écarte déjà (légèrement…) de l’objectif que je m’étais fixé. En effet, aujourd’hui, je ne vais pas vous présenter une oeuvre en particulier mais un musée, que j’ai visité récemment et qui m’a beaucoup plu.

Le musée de la Céramique et de l’Ivoire, situé avenue Carcano, non loin du château, occupe un bâtiment plutôt original, d’anciens bains-douches élevés dans les années trente. La façade, de style classique, s’inspire d’un pavillon construit vers 1750 par Emmanuel Héré dans le parc du château, et aujourd’hui disparu ; l’intérieur, lui, affiche au niveau des vitraux ou des poignées de porte une tonalité plus Art Déco. Amusant mélange des genres…

Deux sections se partagent donc l’espace du musée, l’une consacrée à la céramique et l’autre à l’ivoire, chacune organisée de manière similaire : le long des murs, des vitrines intelligemment conçues présentent « tout ce qu’il faut savoir » de ces deux artisanats tandis qu’au centre des deux salles, d’autres vitrines exposent une sélection de très belles pièces, issues de différents legs et achats. Le propos est clair et pédagogique – savez-vous, par exemple, ce qui différencie les techniques de « grand feu » et de « petit feu », pour les céramiques ? Ou que les Vénus paléolithiques, ces statuettes féminines datées, pour la plus ancienne, de 40 000 ans avant notre ère, furent pour certaines d’entre elles sculptées dans de l’ivoire, témoignant de la fascination que ce matériau a toujours exercé sur l’homme ? La visite fut, en ce qui me concerne, très instructive et vraiment passionnante !

Après vous avoir ainsi mis « l’eau à la bouche » (du moins je l’espère…), je me vois dans l’obligation de vous demander… de patienter. En effet, ce beau petit musée n’est ouvert que de mai à septembre, les week-ends et jours fériés de 14h à 18h en mai, juin et septembre, tous les jours sauf le mardi, aux mêmes horaires, en juillet et août. Le prix d’entrée est très modique, alors, n’hésitez pas, allez-y !

Retable de la Passion, Hattonchâtel, Meuse

Hattonchâtel est un beau village haut perché au-dessus de la plaine de la Woëvre, à quelques kilomètres du lac de Madine. Son église – l’ancienne collégiale de cette place-forte fondée par les évêques de Verdun, abrite un impressionnant retable en pierre polychrome, attribué à Ligier Richier.

Ligier Richier… Sans doute connaissez-vous ce nom, mais peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que cet artiste naquit vers 1500 à Saint-Mihiel, où il passa une bonne partie de son existence. Sa formation demeure mal connue ; toutefois, à partir de 1530, il est mentionné comme « imagier » (sculpteur) du duc de Lorraine. Brillante carrière, qui lui vaut de bénéficier d’importants privilèges… En 1564, cependant, il quitte la Lorraine pour s’installer à Genève, où sa foi protestante trouve un terrain plus favorable que dans le très catholique duché ; il y meurt quelques années plus tard, laissant un chapelet d’oeuvres dont le réalisme et la force d’expression laissent, aujourd’hui encore, tout simplement pantois.

Le retable d’Hattonchâtel, daté de 1523, est donc l’une des toutes premières oeuvres attribuées à l’artiste, une « oeuvre de jeunesse » en quelque sorte… De grandes dimensions (2,60 mètres de long sur 1,60 mètre dans sa partie la plus haute), il se divise en trois compartiments, séparés par des pilastres ornés de rinceaux et de candélabres, qui soutiennent un entablement lui-même mouluré et sculpté. Vous l’aurez deviné, tout ce décor architectural évoque fortement la Renaissance italienne.

Retable Ligier Richier Hattonchatel

La photo n’est pas excellente (le retable, protégé par une lourde grille, ne se laisse pas facilement photographier !), mais n’a d’autre but que de vous donner une idée d’ensemble. Passons maintenant aux détails.

La première scène (à gauche) présente un moment du Portement de Croix. Jésus est tombé à terre ; un soldat lève le bras pour le frapper, tandis qu’un autre soutient l’extrémité supérieure de la croix.

Retable Hattonchâtel Portement de Croix

Remarquez l’habit du soldat de droite : sa chemise présente des manches à crevés, très à la mode au temps… de Ligier Richier !

A côté, Sainte Véronique se penche sur le linge avec lequel elle vient d’essuyer le visage de Jésus.

Retable Hattonchatel Portement de Croix

Notez la finesse du visage du Christ, sculpté en très faible relief… Une véritable prouesse.

Dans le compartiment central prend place – fort logiquement – la Crucifixion. Au pied de la Croix, Saint Jean et une sainte femme soutiennent la Vierge évanouie.

Retable Hattonchatel Crucifixion

A droite, un cavalier tend un phylactère vers la croix. A l’instar de Sainte Véronique, il porte un riche costume, dont tous les détails sont minutieusement rendus. Son cheval est aussi représenté avec beaucoup de réalisme.

Retable Hattonchatel Crucifixion

 Enfin, la Déploration occupe le dernier compartiment, à droite. La Vierge, Saint Jean et deux saintes femmes entourent le corps du Christ, qui vient d’être descendu de la Croix.

Retable Hattonchatel Déploration

Les différents personnages se répartissent harmonieusement dans l’espace somme toute restreint du compartiment.

Témoins de la scène, une troisième sainte femme ainsi que deux personnages qui, eux, n’ont assurément pas pu prendre part à l’événement représenté : le donateur du retable, messire Gauthier Richeret, doyen du chapitre de la collégiale (agenouillé), et Saint Maur, second évêque de Verdun, auquel l’église est dédiée.

Retable Hattonchatel Déploration

La sainte femme portait un vase à aromates, aujourd’hui disparu. Notez la finesse et le réalisme des plissés de sa chemise…

Vous l’aurez compris, il est bien difficile de ne pas s’attarder devant le retable d’Hattonchâtel, une oeuvre pleine de vie et d’une expressivité vraiment saisissante.