Vitraux, Vézelise, Meurthe-et-Moselle

Vézelise, petite ville située à une trentaine de kilomètres au sud de Nancy, garde de son passé de capitale du comté de Vaudémont (rattaché au duché de Lorraine en 1473) d’intéressants témoignages architecturaux, au premier rang desquels son église, dédiée à Saint Côme et à Saint Damien. Celle-ci, consacrée en 1521, présente un ensemble de vitraux qui, bien qu’abîmé et incomplet, compte parmi les plus remarquables de Lorraine.

La mise en place des vitraux, entre les années 1490 et les années 1520, fut favorisée par une décision du pape Léon X qui, en 1505, accorda des indulgences à tous ceux qui visiteraient l’église et feraient une offrande pour son achèvement. Les dons affluèrent, et furent complétés par une somme importante donnée par le duc de Lorraine lui-même, vers 1523-1524.

Vitraux Vézelise

Le duc Antoine, vêtu d’un manteau de cour. La croix de Lorraine a été ajoutée au 19è siècle.

Trois siècles plus tard, l’état des vitraux laissait fortement à désirer… A la fin des années 1830, décision fut donc prise de regrouper les panneaux restants dans sept baies (les cinq de l’abside et deux du transept), quitte à composer à partir des fragments de bien curieuses mosaïques :

Vitraux Vézelise

Au centre de ce panneau quelque peu surréaliste, un médaillon représentant la légende de Saint Hubert.

Cette malencontreuse intervention eut comme conséquence la perte définitive de la disposition originelle des vitraux, accroissant encore les zones d’ombre qui les entourent. On ignore tout, en effet, du nombre et de l’origine géographique des ateliers qui les réalisèrent ; les maîtres verriers qui travaillaient à la même époque sur le chantier de la basilique de Saint-Nicolas de Port oeuvrèrent-ils aussi à Vézelise ? D’ailleurs, les donateurs étaient-ils libres de choisir leur atelier ? Les sources demeurent quasiment muettes.

Cette absence de documentation n’empêche pas, bien sûr, d’apprécier à leur juste valeur ces vitraux magnifiquement colorés qui, grosso modo, se répartissent en deux grands ensembles : ceux « à grands personnages », qui illustrent une scène se déployant sur toute la largeur d’une fenêtre ; et ceux « à petits personnages », qui n’occupent que la largeur d’une lancette, soit la moitié d’une fenêtre. Voyons cela d’un peu plus près avec, pour commencer, ce vitrail situé dans le transept gauche :

Vitraux Vézelise

 La tête de boeuf, au sommet, correspond au blason de la confrérie des Bouchers, créée à Vézelise en 1501 ; en dessous, dans un décor architectural d’inspiration Renaissance (piliers ornés de grotesques, putti…), une représentation des Trinités céleste (Dieu, son Fils et la colombe du Saint-Esprit), et terrestre (Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus).

D’autres panneaux, plus nombreux, illustrent des épisodes de la vie du Christ, comme celui-ci, situé dans le choeur, qui montre la Présentation au Temple :

Vitraux Vézelise

Conformément à la loi de Moïse, Joseph et Marie se rendent au temple pour y présenter leur premier né. Une servante porte dans un panier les deux colombes destinées à l’offrande.

Cette scène s’inspire, dans sa composition, d’une gravure de l’artiste « contemporain » Albrecht Dürer (1471-1528), tout comme celle-ci, illustrant la Fuite en Egypte :

Vitraux Vézelise

 

 

Les ressemblances sont nombreuses, tant dans la composition d’ensemble que dans les détails : le chapeau de Marie accroché dans son dos, son voile, l’attitude de Joseph, à demi retourné vers son épouse… Cependant, l’auteur du carton a ajouté une petite scène, absente de la gravure :

Vitraux Vézelise

Voyez-vous, derrière Joseph, le paysan occupé à couper son blé ? Il s’agit d’une allusion au Miracle du Moissonneur, l’un des nombreux miracles qui, selon les Evangiles apocryphes [non reconnus par l'Eglise], auraient émaillé la fuite de la Sainte Famille. Je vous raconte l’histoire : un paysan était en train de semer lorsque passèrent Joseph, Marie et l’Enfant ; immédiatement, le blé leva… Peu après surgirent les soldats d’Hérode [à gauche], qui demandèrent au paysan s’il avait vu les fuyards ; entendant sa réponse (il les avait bien vus, au moment des semailles), les soldats renoncèrent à la poursuite, pensant la Sainte Famille bien trop loin !! Mignon, non ?

Enfin, d’autres vitraux ont pour sujet un ou plusieurs saints. A tout seigneur tout honneur, commençons par Côme et Damien, auxquels l’église est dédiée et qui, à ce titre, apparaissent sur plusieurs panneaux. Celui-ci, par exemple :

Vitraux Vézelise

Saint Côme et Saint Damien, patrons des médecins, sont ici représentés avec les attributs de leur art : l’un (ne me demandez pas lequel…) tient un pot à onguent et une spatule, l’autre un urinal et, dans la main gauche, un objet rond qu’il semble vouloir jeter : peut-être s’agit-il d’une pièce de monnaie, pour évoquer le fait que les deux frères soignaient gratuitement leurs patients ?

D’autres saints, quant à eux, accompagnent un donateur. Ainsi Madeleine Simier, épouse d’un proche serviteur de René II, figure à genoux aux pieds de sa Sainte patronne, Marie-Madeleine, sur le panneau qu’elle a offert à l’église :

Vitraux Vézelise

Ce vitrail me semble intéressant car il apparaît comme une oeuvre de « transition« , entre Moyen Age et Renaissance. D’un côté, l’usage de la perspective hiérarchique [la donatrice est toute petite par rapport à la sainte, sans souci de réalisme], relève de l’univers médiéval ; de l’autre, la scène prend place dans un beau décor à l’antique (piliers ornés de rinceaux et de grotesques, entablement, fronton triangulaire…), caractéristique de la Renaissance.

Et puis, voilà une excellente occasion de parler un peu de technique… Pour réaliser ce panneau, l’artiste a fort probablement utilisé, outre des verres colorés, deux types de peinture : le jaune d’argent, une teinture obtenue à partir de sels d’argent et d’ocre [chevelure de Marie-Madeleine, par exemple], mais aussi la grisaille, une préparation noire ou brune appliquée au pinceau [détails architecturaux, visages, etc]. Au 16è siècle en effet, le vitrail est davantage conçu comme une peinture, les maîtres-verriers emploient de plus grands morceaux de verre et réduisent le réseau de plombs.

Enfin, quelques vitraux illustrent des épisodes de la vie d’un saint, comme Saint Bernard, évoqué à travers le Miracle de la Lactation.

Vitraux VézeliseCette scène, unique dans le vitrail lorrain, mérite quelques explications. Saint Bernard, abbé cistercien du 12è siècle, en prière devant une statue de la Vierge, lui demande de montrer qu’elle est mère ; la statue s’anime alors et, pressant son sein, en fait jaillir quelques gouttes de lait…

En dehors des offices, l’église Saint-Côme et Saint-Damien n’est malheureusement pas ouverte au public ; j’espère que vous trouverez néanmoins l’occasion de la visiter car, outre ses vitraux, elle compte plusieurs autres trésors, orgues, statuaire… sans parler de ses superbes portes en chêne sculpté !

Cimetière Saint-Hilaire, Marville, Meuse

Marville, gros bourg situé à quelques kilomètres de Montmédy, fut entre le 13è et le 17è siècle la capitale des « Terres Communes », petit territoire appartenant à la fois aux seigneurs de Luxembourg d’une part, de Bar puis de Lorraine de l’autre. Ce statut particulier, qui garantissait sa neutralité, assura sa prospérité, dont témoignent aujourd’hui encore ses rues bordées de belles demeures Renaissance.

Cependant, ce n’est pas de Marville même dont je souhaite vous parler dans ce présent billet (j’y reviendrai ultérieurement…), mais de son cimetière, blotti autour de la petite église Saint-Hilaire, à quelques centaines de mètres du bourg. Ce dernier, en effet, possède un très bel ensemble de monuments funéraires anciens, datant pour certains des 16è-17è siècles, période qui vit l’apogée de Marville. Même si les plus intéressants se trouvent aujourd’hui dans l’église, malheureusement fermée, la promenade le long des allées de ce lieu verdoyant et serein, plein d’un charme mélancolique, réserve de bien jolies surprises.

Marville cimetière

Les allées du cimetière sont ponctuées de bénitiers, suivant l’usage recommandé au 16è siècle par le concile de Trente.

Approchons-nous de l’édicule coiffé d’un toit à deux pentes. Il abrite une belle Vierge de Pitié que surmonte une représentation du Christ du Jugement Dernier, le tout daté de la fin du 15è siècle.

Marville cimetière

La stature de la Vierge et le souple drapé de son manteau contrastent avec le corps de son Fils, raide et étrangement petit…

Marville cimetière

Les morts, aux pieds du Christ, sortent de leurs tombeaux au son de la trompette jouée par les anges. De part et d’autre, la Vierge et Saint-Jean. Le Jugement Dernier est l’un des thèmes les plus fréquemment représentés aux 14è et 15è siècles.

Devant la Vierge de Pitié se trouve un ensemble de quatre stèles un peu plus anciennes (début du 15è siècle), ornées des figures sculptées des apôtres, par groupes de trois. L’une des stèles ne présente cependant que deux apôtres, laissant une place vide… Serait-ce Judas que l’artiste n’a pas voulu représenter ?

Marville cimetière

Non loin de là se dresse un petit monument qui passerait presque inaperçu, tant l’usure du temps et la mousse ont rendu sa lecture difficile. Regardons-le de plus près :

Marville cimetière

Au pied d’un tronc mal élagué, un crâne ; de part et d’autre, deux cercueils abritant l’un un cadavre, l’autre un squelette (c’est ce dernier que vous apercevez sur la photo) ; au-dessus, un personnage ayant malheureusement perdu sa tête, agenouillé devant un écusson sur lequel figure (si si, regardez bien !), une balance, symbolisant la justice divine.

Cette tombe dite « aux cercueils », datée du milieu du 17è siècle, rappelle par son goût macabre un autre monument de la même époque, situé un peu plus loin dans le cimetière.

Marville cimetière

La présence de tous ces monuments peu ordinaires s’explique, bien sûr, par la belle période de prospérité que connut Marville, mais aussi par son statut politique particulier, qui entraîna le développement d’une nouvelle »classe sociale », celle des officiers ducaux. Ces représentants des pouvoirs luxembourgeois et lorrain ne pouvaient prétendre à une inhumation dans l’église du bourg ou dans Saint-Hilaire, toutes deux réservées à la noblesse et aux bienfaiteurs de la paroisse ; ils firent donc élever leurs monuments dans le cimetière.

Terminons à présent notre promenade en empruntant une dernière allée, qui nous conduira vers l’un des plus beaux endroits du cimetière. S’y dresse en effet un petit édicule abritant une très belle statue de Christ aux Liens, datée de la seconde moitié du 16è siècle.

Marville cimetièreD’un peu plus près…

Marville cimetière

Ce Christ au corps vigoureux, quasi athlétique, n’a plus grand-chose à voir avec les représentations traditionnelles, axées sur les souffrances de la Passion. L’esprit de la Renaissance et son intérêt pour l’anatomie sont ici bien sensibles.

Tout à côté du Christ aux Liens, une petite stèle du début du 17è siècle, d’une exécution très soignée, mérite également l’attention.

Marville cimetière

Sous la Crucifixion, bien abîmée, se trouve une scène représentant l’Education de la Vierge, vraiment très belle.

Marville cimetière

Enfin, un dernier mot sur l’ossuaire du cimetière Saint-Hilaire, le seul conservé aujourd’hui en Meuse. Daté de la fin du 15è ou du début du 16è siècle, ce petit bâtiment accueillait, selon une pratique courante à l’époque, les ossements mis au jour lorsqu’une nouvelle tombe était creusée. N’oubliez pas d’y jeter un coup d’oeil !

N.B : pour écrire cet article, je me suis aidée du beau petit livre que La Gazette Lorraine a consacré en 2013 à Marville (il s’agit en fait d’un numéro hors-série de la revue). Vous pourrez vous le procurer ici.

 

 

 

 

Maison Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Albert Bergeret, né en 1859 en Haute-Saône, s’établit en 1886 à Nancy, où il travaille pour l’imprimeur Royer. Douze ans plus tard, il s’installe à son compte et se lance dans la fabrication de cartes postales illustrées, une nouveauté à l’époque. Le succès est si grand que, dès 1901, il demande à l’architecte nancéien Lucien Weissenburger d’édifier, le long de la rue Lionnois, une nouvelle imprimerie ; deux ans plus tard, il lui confie un autre chantier, celui de sa maison personnelle, à l’angle de la même rue, près de l’usine. Pour le décor intérieur, il fait appel aux artistes les plus en vue que compte Nancy à cette époque, les ébénistes Louis Majorelle et Eugène Vallin, le peintre Victor Prouvé, les maîtres-verriers Jacques Gruber et Joseph Janin. La Maison Bergeret, achevée pour l’essentiel en 1904, apparaît ainsi comme l’un des plus beaux fleurons de l’Ecole de Nancy, ce mouvement artistique bien connu de tous les amateurs d’Art Nouveau.

Plusieurs livres ont déjà été consacrés à la maison ; je n’ai donc pas la prétention, en un simple article, de vous en dévoiler toutes les richesses, mais plutôt de vous en présenter quelques aperçus… en somme, quelques « éclats » !

En commandant sa maison, Bergeret souhaitait, bien évidemment, loger sa famille – cinq enfants – et ses domestiques, mais aussi affirmer sa réussite sociale. Le hall, dans lequel on pénètre après avoir franchi un vestibule, illustre à merveille cette fonction de prestige avec, en point d’orgue, la magnifique rampe de l’escalier principal, créée par Louis Majorelle.

Maison Bergeret

La rampe, en fer forgé et laiton, exploite le thème de la monnaie-du-pape, par ailleurs repris dans la mosaïque du sol et les ferronneries extérieures. L’Ecole de Nancy puise son inspiration dans la nature…

Laissons pour l’instant le rez-de-chaussée de côté, et montons quelques marches en direction du premier étage. Au niveau du palier intermédiaire, au fond d’une alcôve, se déploie une immense verrière de Jacques Gruber, Roses et Mouettes, dont voici un détail.

Maison Bergeret

Pour ce vitrail, l’un des plus grands qu’il ait réalisé pour un commanditaire privé, Gruber utilise différents types de verres et multiplie les techniques, gravure à l’acide, superposition de verres, grisaille… Le résultat est époustouflant.

Nous voici arrivés sur le palier du premier étage, sur lequel ouvraient les chambres de la famille. Une porte en forme de fer à cheval donne accès à une petite terrasse ; elle aussi est garnie de vitraux de Gruber, représentant des viornes obiers.

Maison Bergeret

Peut-être connaissez-vous mieux la viorne obier sous le nom de « boule de neige » ??

Avant de redescendre dans le hall, jetez un oeil au plafond. Victor Prouvé y a peint, vers 1905-1906, une grande composition mettant en scène, dans une nature idyllique, des femmes souriantes. Une certaine vision du bonheur, en somme…

Maison Bergeret

Cette toile de 7 mètres sur 3 fut décrochée pendant la dernière guerre et stockée dans des réserves. Très détériorée, elle a fait l’objet, en 2011, d’une minutieuse restauration, avant de retrouver son emplacement d’origine.

Nous voici revenus dans le hall. Une cloison vitrée enchâssée dans une menuiserie aux lignes puissantes sépare ce dernier de la salle à manger ; cet ensemble très original est dû à l’ébéniste Eugène Vallin.

Maison Bergeret

Un réseau de laiton enserre le verre, orné d’un motif de feuilles de houx obtenu par la technique de la gravure à l’acide. Vallin, menuisier de formation, a peut-être confié l’exécution de ce vitrail à un maître-verrier nancéen, mais un doute subsiste.

Passons à présent dans la salle à manger, vaste pièce ouvrant à la fois sur le salon, le cabinet de travail de M. Bergeret et le jardin d’hiver. L’aménagement en est confié à Eugène Vallin, qui fournit les menuiseries (lambris du plafond, chambranles des portes…), dessine la cheminée et, bien sûr, réalise le mobilier : table et chaises, table à thé, buffet.

Maison Bergeret

Les tiroirs du buffet sont taillés dans la masse même du bois !

De la salle à manger au jardin d’hiver, il n’y a qu’un pas… Les parois de cette dernière pièce se composent de panneaux de briques de verre, alternativement vert clair et vert foncé, entre lesquels prennent place des vitraux à motif floral, exécutés non pas par Jacques Gruber mais par un autre verrier nancéen, Joseph Janin.

Maison Bergeret

Ces pavés de verre, creux à l’intérieur, isolent nettement mieux la véranda que ne le feraient de simples vitraux.

Maison Bergeret

Daturas et belles-de-nuit ornent les vitraux de Joseph Janin.

C’est dans cette agréable véranda, jadis garnie d’un mobilier en rotin et de nombreuses plantes vertes, que s’achève notre promenade. La Maison Bergeret, vous vous en doutez, recèle bien d’autres merveilles… Rendez-vous pour les découvrir aux prochaines Journées du Patrimoine, au cours desquelles la maison, propriété depuis 1975 de l’Université de Lorraine, ouvrira largement ses portes au public !

 

 

 

 

 

 

 

Monument aux Michaux, Bar-le-Duc, Meuse

Si, comme moi, par un beau jour d’été, vous flânez dans la Ville Basse de Bar-le-Duc, vous aurez la surprise de découvrir, à l’angle des rues Maginot et du Bourg, ce monument plutôt surprenant.

Monument Michaux Bar-le-Duc

Dans un décor architectural plutôt classique, seul vestige d’une fontaine érigée à cet emplacement au milieu du 18è siècle, se dresse, fièrement appuyé contre son antique bicyclette, un amusant garçonnet aussi nu que joufflu. Je n’avais jamais entendu parler de Pierre et Ernest Michaux : le moment était donc venu de faire plus ample connaissance.

Bar le Duc Monument des Michaux

Ce petit « génie du vélo » (!) est l’oeuvre du sculpteur Edouard Houssin. Il s’agit d’une copie, l’original en bronze ayant disparu pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pierre Michaux, né en 1813 à Bar-le-Duc, s’installa vers 1850 à Paris, où il fonda une petite entreprise de réparation de fiacres. En 1861 il eut, avec son fils Ernest, alors âgé d’une vingtaine d’années, une idée de génie : fixer une manivelle sur la roue avant d’une draisienne, pour la faire tourner ! La pédale était née.

Les Michaux se lancèrent alors dans la production et la commercialisation de leur « vélocipède à pédale » – également appelé « michaudine », qui connut rapidement un grand succès public. Cependant, dès la fin des années 1860, ils perdirent le contrôle de leur entreprise, et virent ensuite leurs affaires péricliter.

Pierre Michaux mourut  en 1883, dans la gêne mais pas totalement oublié puisque, dix ans plus tard, la presse sportive lança une souscription pour élever, dans sa ville natale, un monument à sa mémoire, ainsi qu’à celle de son fils. Cycliste assidue, pédalant au quotidien d’un bout de l’année à l’autre, je me devais bien de rendre ce petit hommage aux Michaux !

 

 

L’Adoration des Mages, Neufchâteau, Vosges

L’église Saint-Christophe constitue, avec celle dédiée à Saint-Nicolas, l’une des deux principales églises de Neufchâteau. Bâtie pour l’essentiel au début du 13è siècle, elle abrite plusieurs oeuvres fort intéressantes, à l’image de celle que j’ai choisi de vous présenter aujourd’hui.

Ce bas-relief en pierre, daté, selon les sources, de la fin du 15è ou du 16è siècle, se trouve dans la chapelle Woeiriot, élevée en 1505 pour l’orfèvre et sculpteur Pierre I Woeiriot, qui travailla pour le duc René II. Le voici :

Eglise St Christophe Adoration Mages

L’oeuvre mesure 85 cm de long pour 45 de haut. Encastrée dans le mur, presque au niveau du sol, et de surcroît mal éclairée, elle ne se laisse pas facilement admirer…

A première vue, le sujet paraît simple : la Vierge, confortablement installée dans un fauteuil, la tête appuyée contre un coussin, reçoit l’hommage des trois Rois, venus apporter leurs présents à l’Enfant. Au-dessus, un ange porte l’étoile qui les guida.

Cependant, certains détails retiennent l’attention. Ainsi, sur la gauche du relief, une femme, debout devant une cheminée, semble préparer un bain… celui de l’Enfant, scène traditionnellement associée à la Nativité ?

Egise St Christophe Adoration Mages

De même, les quatre moutons que l’on aperçoit à droite des Rois Mages, sous un ange jouant de la trompette, n’évoqueraient-ils pas l’Adoration des Bergers ?

Eglise St Christophe Adoration Mages

L’artiste – dont bien sûr nous ignorons le nom – semble donc avoir pris quelques libertés avec l’iconographie traditionnelle, en représentant, en une astucieuse synthèse, trois scènes en une seule. L’originalité de cette composition, jointe à sa charmante naïveté, m’ont beaucoup plu !

Un peu plus tard, j’ai découvert à Bar-le-Duc, au Musée Barrois, un autre relief conçu sur un principe similaire. Là aussi, l’Adoration des Mages constitue le sujet principal de l’oeuvre, dans laquelle le sculpteur a également glissé une allusion à la Nativité… mais cette fois par le biais du boeuf et de l’âne, représentés dans le coin supérieur gauche !

Bar le Duc Musée Barrois

Ayant négligé de noter les indications du cartel, je ne peux guère vous en dire plus sur cette oeuvre…

Avant de quitter la chapelle Woeiriot, n’oubliez pas de lever les yeux : la voûte, constituée d’un réseau de nervures munies de douze clés pendantes, présente en effet la particularité, rarissime, d’être détachée de la voûte supérieure. Mon propos ne vous semble pas très clair ? Regardez la photo, une image vaut mieux qu’un long discours !

Eglise St Christophe chapelle Wiriot

 

 

 

 

 

Château de la Varenne, Haironville, Meuse

La vallée de la Saulx, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Bar-le-Duc, égrène le long de sa petite rivière une ribambelle de villages anciens, dans un cadre bucolique à souhait. De son passé de zone frontière entre la Lorraine et la France, mais aussi de villégiature fort prisée des hauts fonctionnaires de la cour ducale, elle conserve plusieurs petits châteaux, à Stainville, Bazincourt-sur-Saulx, Ville-sur-Saulx, Beurey-sur-Saulx… La plupart, hélas, se laissent à peine entrevoir derrière les murs et les hauts arbres qui les dissimulent aux regards ; l’un d’eux, cependant, ouvre plus généreusement les portes de son parc.

Château de la Varenne Haironville

Charme infini (!) des ciels lorrains… La pluie venait juste de cesser lorsque j’ai visité le château.

Le château de la Varenne fut bâti en 1506 à l’emplacement d’une ancienne maison forte, à la demande de Pierre Merlin, commissaire aux comptes du duc de Bar. Chargé – entre autres – de développer les relations commerciales avec le Royaume des Deux-Siciles, il s’était brillamment acquitté de ses fonctions et venait d’être anobli par le duc.

Côté cour, le château se compose d’un corps de logis qu’encadrent deux ailes en retour, élevées un peu plus tardivement, dans les années 1570. Celle de gauche se termine par un imposant pigeonnier, riche de trois mille boulins : lorsque l’on sait que le nombre de boulins était proportionnel à la superficie de terres agricoles possédées par le châtelain, on saisit mieux la richesse du maître des lieux…

Chateau de la Varenne Haironville

Au 18è siècle, le mur fermant la cour fut remplacé par une balustrade ; de même, certaines fenêtres furent agrandies, pour apporter plus de lumière et de confort aux appartements.

Côté parc, la façade présente certaines caractéristiques propres aux châteaux de la vallée de la Saulx : présence d’échauguettes aux angles, division horizontale en trois niveaux renforcée par des cordons moulurés, alignement régulier des baies qui, ici, n’exclut pas une certaine asymétrie !

Château de la Varenne, Haironville

La toiture est aussi haute que la façade – 12 mètres chacune.

Le niveau supérieur, beaucoup moins élevé que les deux premiers, n’est percé que de petites fenêtres ; cela ne vous rappelle-t-il pas les façades des maisons de Bar-le-Duc ?

Bar le Duc

Façades de la place Saint-Pierre, dans la Ville Haute de Bar-le-Duc

Si l’extérieur du château a conservé son allure Renaissance, l’intérieur, lui, a été réaménagé au 18è siècle. Seul subsiste au rez-de-chaussée un très beau plafond en pierre, composé de trente-huit caissons sculptés, chacun d’un motif différent.

Château de la Varenne Haironville

Ce type de plafond, techniquement très difficile à réaliser, se rencontre plus fréquemment dans une résidence royale ou une chapelle (ainsi celle des Evêques, dans la cathédrale de Toul), que dans une « simple » maison de plaisance…

Le parc du château de la Varenne – une vingtaine d’hectares en bordure de la Saulx – est ouvert tous les jours en juillet et août, de 10h à 12h puis de 14h à 18h. Planté d’arbres splendides, il offre en outre de très beaux points de vue sur le château. Ce dernier ne se visite qu’en certaines occasions, comme les Journées du Patrimoine ; vous aurez alors le plaisir d’en découvrir les décors intérieurs en compagnie de la propriétaire, une dame dynamique et absolument passionnante. Un moment à ne pas manquer !

 

 

 

 

Croix au Christ assis, Ameuvelle, Vosges

Le nom d’Ameuvelle, petite localité située au sud-ouest du département des Vosges, dans le canton de Monthureux-sur-Saône, vous est probablement inconnu ; pourtant, ce village d’une soixantaine d’habitants à peine, qui égrène ses fermes le long d’une rue unique, à flanc de colline, peut s’enorgueillir de posséder une très belle croix en pierre du 16è siècle.

Croix Ameuvelle

Jadis, les croix de chemin servaient à sacraliser l’espace alentour, à protéger un lieu particulier ou à rappeler le souvenir d’un événement ou d’une personne. Celle d’Ameuvelle, haute d’environ cinq mètres, se dresse au centre du village, en bordure de la rue principale ; j’ignore s’il s’agit de son emplacement d’origine mais, la route tournant à cet endroit à angle droit, il lui valut d’être un jour « ébréchée » par un engin agricole…

Au sommet du monument, comme de bien entendu, une Crucifixion ; à sa base, lui donnant toute son originalité, une représentation d’un Christ aux Liens, assis, le dos appuyé à la colonne. Une inscription en lettres gothiques est gravée au-dessus de sa tête : elle indique, chose suffisamment rare pour être signalée, le nom du sculpteur, Pernel [Pierre] Guiot, et la date à laquelle il a réalisé son oeuvre  – 1528. Décidément, cette croix est intéressante à plus d’un titre !

Croix Ameuvelle

A la droite du Christ se trouve la Vierge et à sa gauche, Saint Jean, doté d’une abondante chevelure ; au revers est sculptée une Pieta. Le monument, couvert de mousses et de lichens, n’est malheureusement pas dans un très bon état de conservation.

Le Christ aux Liens, quant à lui, renvoie à un moment très précis de la Passion, précédant de peu la Crucifixion. Jésus, parvenu au sommet du Golgotha, attend, assis sur un rocher, couronné d’épines et les poignets liés.

Croix Ameuvelle

Ce thème, ici traité avec une belle et émouvante simplicité, se développe surtout dans l’art à partir de la seconde moitié du 15è siècle, en relation avec l’essor des représentations des mystères de la Passion, et connaît son apogée au 16è siècle. La Lorraine compterait une trentaine de ces « Christ de Pitié » - la plupart sous forme de statue isolée, notamment dans la région autour de Briey.

Avant de quitter Ameuvelle je vous propose, en guise de « bonus », un petit détour par l’église, riche d’une statuaire intéressante. Pour vous en donner un aperçu, voici une belle statue de Saint Blaise, en pierre, datée du 16è siècle.

Ameuvelle

Cette statue, haute de 70 cm, a gardé quelques traces de sa polychromie d’origine.

Saint Blaise, dont la mitre a malheureusement été brisée, porte une belle chasuble brodée et tient dans sa main gauche une crosse. Protecteur des animaux, tant sauvages que domestiques, il bénit ceux qui se pressent à ses pieds.

 

N.B : Pour écrire cet article, j’ai notamment consulté l’ouvrage de Jacqueline Desmons, Mille et Cent Croix en Lorraine méridionale, publié en 2009 par les Editions Créer. Très complet, très fouillé, ce livre constitue, si j’ose dire, la Bible des amateurs de croix !

 

Musée de la céramique et de l’ivoire, Commercy, Meuse

A peine quelques billets publiés que je m’écarte déjà (légèrement…) de l’objectif que je m’étais fixé. En effet, aujourd’hui, je ne vais pas vous présenter une oeuvre en particulier mais un musée, que j’ai visité récemment et qui m’a beaucoup plu.

Le musée de la Céramique et de l’Ivoire, situé avenue Carcano, non loin du château, occupe un bâtiment plutôt original, d’anciens bains-douches élevés dans les années trente. La façade, de style classique, s’inspire d’un pavillon construit vers 1750 par Emmanuel Héré dans le parc du château, et aujourd’hui disparu ; l’intérieur, lui, affiche au niveau des vitraux ou des poignées de porte une tonalité plus Art Déco. Amusant mélange des genres…

Deux sections se partagent donc l’espace du musée, l’une consacrée à la céramique et l’autre à l’ivoire, chacune organisée de manière similaire : le long des murs, des vitrines intelligemment conçues présentent « tout ce qu’il faut savoir » de ces deux artisanats tandis qu’au centre des deux salles, d’autres vitrines exposent une sélection de très belles pièces, issues de différents legs et achats. Le propos est clair et pédagogique – savez-vous, par exemple, ce qui différencie les techniques de « grand feu » et de « petit feu », pour les céramiques ? Ou que les Vénus paléolithiques, ces statuettes féminines datées, pour la plus ancienne, de 40 000 ans avant notre ère, furent pour certaines d’entre elles sculptées dans de l’ivoire, témoignant de la fascination que ce matériau a toujours exercé sur l’homme ? La visite fut, en ce qui me concerne, très instructive et vraiment passionnante !

Après vous avoir ainsi mis « l’eau à la bouche » (du moins je l’espère…), je me vois dans l’obligation de vous demander… de patienter. En effet, ce beau petit musée n’est ouvert que de mai à septembre, les week-ends et jours fériés de 14h à 18h en mai, juin et septembre, tous les jours sauf le mardi, aux mêmes horaires, en juillet et août. Le prix d’entrée est très modique, alors, n’hésitez pas, allez-y !

Peintures murales, église de Saint-Clément, Meurthe-et-Moselle

Sans doute connaissez-vous Saint-Clément, gros bourg situé à quelques kilomètres de Lunéville, pour sa manufacture de faïences, fondée au milieu du 18è siècle et toujours en activité. Le village – ou plutôt son église – possède cependant un autre trésor, un très bel ensemble de peintures murales dont je n’avais jamais entendu parler, et que j’ai découvert fortuitement cet été.

Ces peintures, qui ornent le choeur de l’édifice, sont datées de la fin du 15è ou du début du 16è siècle. Pour le reste, bien des mystères demeurent : leur auteur est bien sûr anonyme – peut-être s’agit-il d’un artiste alsacien ou « allemand » qui, venu travailler à la cour du duc René II, à Nancy, en aurait profité pour oeuvrer également à Saint-Clément. A une date indéterminée, elles furent recouvertes d’un badigeon, sous lequel elles reposèrent paisiblement jusqu’à leur redécouverte, en 1896 ; elles furent alors restaurées par le peintre vosgien Gaston Save.

Après cette brève présentation, passons aux « morceaux choisis ». Le mur de fond de l’église est orné d’une vaste Annonciation que surmonte, à la voûte, un Jugement Dernier.

peintures église St Clément

A première vue, cette représentation de l’Annonciation paraît assez classique : Marie reçoit le message de Gabriel sous la supervision de Dieu le Père, juché au sommet de la fenêtre. On notera l’habile utilisation faite de cette dernière, qui sépare « naturellement » le monde divin de l’ange de celui terrestre de Marie, comme il était d’usage à l’époque.

Peintures église Saint Clément

Une petite originalité se glisse toutefois dans la composition : avez-vous remarqué, dans les rayons de lumière que Dieu envoie vers Marie, la présence de cette petite créature ?

peintures église Saint Clément

Cet enfant auréolé et portant une croix constituerait une allusion à la naissance et à la mort du Christ. Il figure rarement dans les Annonciations – on le trouve par exemple dans celle-ci, partie centrale d’un triptyque peint par le Maître de Flémalle, vers 1430.

Triptyque Annonciation_Atelier R. Campin_A1420_MET NY

Cherchez bien, au-dessus de la tête de Gabriel… Vous le voyez ?

Plus tard, cette iconographie fut jugée peu orthodoxe par l’Eglise, et disparut des représentations de l’Annonciation.

Après l’annonce, la naissance. La Nativité, comme le Jugement Dernier, occupe un compartiment de la voûte, les deux derniers accueillant les symboles des Evangélistes.

Peintures église St Clément

Notez le soin apporté à la représentation de l’étable, dotée d’un toit de tuiles, d’un mur de briques et d’une cloison à mi-hauteur en osier tressé.

Le jour du Jugement est enfin arrivé. Le Christ, assis entre la Vierge et Saint Jean, préside à la destinée des défunts, à ses pieds.Peintures église St Clément

Sous les pieds du Christ, justement, se trouve un globe surmonté d’une croix, dans la partie inférieure duquel on peut reconnaître l’Arche de Noé. Cette dernière symboliserait l’Eglise : seuls ceux qui lui appartiennent seront sauvés, comme le furent ceux qui, réfugiés dans l’Arche, échappèrent au Déluge.

peintures église St Clément

Toutes les peintures de l’église Saint-Clément ne sont cependant pas consacrées à la vie du Christ : ainsi, sur le mur latéral gauche prennent place deux compositions présentant, l’une Saint Christophe, l’autre Saint Sébastien.

Peintures église St Clément

Saint Christophe, un géant, traverse la rivière, portant l’Enfant Jésus sur son épaule ; sur la rive, l’ermite qui l’a converti lui indique le chemin, lanterne à la main. J’ai voulu présenter cette photo (en dépit de sa médiocre qualité…), car elle m’a rappelé une représentation très semblable du saint, découverte dans l’église Saint-Etienne de Bar-le-Duc.

Ce médaillon, daté du 16è siècle, se trouve dans la chapelle des Fonts de l’église Saint-Etienne. Similarité des modèles et des sources d’inspiration…

Voisin de Saint Christophe, Saint Sébastien est représenté comme il l’est la plupart du temps, à savoir, en train de subir son martyre : deux soldats le transpercent de flèches.

Peintures église St Clément

Remarquez le costume des soldats, caractéristique de la fin du 15è-début du 16è siècle.

Enfin, le mur latéral droit est occupé par une représentation du Dit des Trois Morts et des Trois Vifs, largement restaurée à la fin du 19è siècle. J’aurai l’occasion d’évoquer plus longuement cette histoire lorsque je vous parlerai du petit village meusien de Sepvigny, dans un prochain billet !

N.B : Pour ceux que le thème de l’Annonciation dans l’histoire de l’art intéresse, je renvoie à ce site que j’ai déniché en préparant cet article. Analyse des figures, des lieux, des symboles, nombreuses oeuvres d’artistes de toutes les époques… Un site très détaillé !

 

 

 

Retable de la Passion, Hattonchâtel, Meuse

Hattonchâtel est un beau village haut perché au-dessus de la plaine de la Woëvre, à quelques kilomètres du lac de Madine. Son église – l’ancienne collégiale de cette place-forte fondée par les évêques de Verdun, abrite un impressionnant retable en pierre polychrome, attribué à Ligier Richier.

Ligier Richier… Sans doute connaissez-vous ce nom, mais peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que cet artiste naquit vers 1500 à Saint-Mihiel, où il passa une bonne partie de son existence. Sa formation demeure mal connue ; toutefois, à partir de 1530, il est mentionné comme « imagier » (sculpteur) du duc de Lorraine. Brillante carrière, qui lui vaut de bénéficier d’importants privilèges… En 1564, cependant, il quitte la Lorraine pour s’installer à Genève, où sa foi protestante trouve un terrain plus favorable que dans le très catholique duché ; il y meurt quelques années plus tard, laissant un chapelet d’oeuvres dont le réalisme et la force d’expression laissent, aujourd’hui encore, tout simplement pantois.

Le retable d’Hattonchâtel, daté de 1523, est donc l’une des toutes premières oeuvres attribuées à l’artiste, une « oeuvre de jeunesse » en quelque sorte… De grandes dimensions (2,60 mètres de long sur 1,60 mètre dans sa partie la plus haute), il se divise en trois compartiments, séparés par des pilastres ornés de rinceaux et de candélabres, qui soutiennent un entablement lui-même mouluré et sculpté. Vous l’aurez deviné, tout ce décor architectural évoque fortement la Renaissance italienne.

Retable Ligier Richier Hattonchatel

La photo n’est pas excellente (le retable, protégé par une lourde grille, ne se laisse pas facilement photographier !), mais n’a d’autre but que de vous donner une idée d’ensemble. Passons maintenant aux détails.

La première scène (à gauche) présente un moment du Portement de Croix. Jésus est tombé à terre ; un soldat lève le bras pour le frapper, tandis qu’un autre soutient l’extrémité supérieure de la croix.

Retable Hattonchâtel Portement de Croix

Remarquez l’habit du soldat de droite : sa chemise présente des manches à crevés, très à la mode au temps… de Ligier Richier !

A côté, Sainte Véronique se penche sur le linge avec lequel elle vient d’essuyer le visage de Jésus.

Retable Hattonchatel Portement de Croix

Notez la finesse du visage du Christ, sculpté en très faible relief… Une véritable prouesse.

Dans le compartiment central prend place – fort logiquement – la Crucifixion. Au pied de la Croix, Saint Jean et une sainte femme soutiennent la Vierge évanouie.

Retable Hattonchatel Crucifixion

A droite, un cavalier tend un phylactère vers la croix. A l’instar de Sainte Véronique, il porte un riche costume, dont tous les détails sont minutieusement rendus. Son cheval est aussi représenté avec beaucoup de réalisme.

Retable Hattonchatel Crucifixion

 Enfin, la Déploration occupe le dernier compartiment, à droite. La Vierge, Saint Jean et deux saintes femmes entourent le corps du Christ, qui vient d’être descendu de la Croix.

Retable Hattonchatel Déploration

Les différents personnages se répartissent harmonieusement dans l’espace somme toute restreint du compartiment.

Témoins de la scène, une troisième sainte femme ainsi que deux personnages qui, eux, n’ont assurément pas pu prendre part à l’événement représenté : le donateur du retable, messire Gauthier Richeret, doyen du chapitre de la collégiale (agenouillé), et Saint Maur, second évêque de Verdun, auquel l’église est dédiée.

Retable Hattonchatel Déploration

La sainte femme portait un vase à aromates, aujourd’hui disparu. Notez la finesse et le réalisme des plissés de sa chemise…

Vous l’aurez compris, il est bien difficile de ne pas s’attarder devant le retable d’Hattonchâtel, une oeuvre pleine de vie et d’une expressivité vraiment saisissante.